L’idée d’avoir un compagnon / une compagne toujours partant pour une partie de plaisir sous les draps excite depuis longtemps l’imaginaire collectif.

Prenons l’exemple du film Démolition Man, sorti en 1993 (24 ans déjà !).

Lors d’une scène, la jeune Sandra Bullock proposait à Sylvester Stallone de « faire l’amour » avec elle. Sly, tout juste décongelé après des décennies en hibernation, était loin de s’imaginer la façon dont se pratiquait cet acte délicieux dans le futur. A savoir, en ornant sa tête d’un drôle de casque sensoriel censé reproduire la volupté de l’acte en question.

A en croire la réaction de l’homme-glaçon, le procédé ne semblait pas très convaincant…

« Qu’est-ce que tu dirais qu’on fasse juste ça comme au bon vieux temps ? » « Beurk ! Dégoûtant ! »

Plus récemment, le film Her (2013) imaginait une histoire d’amour insolite entre un homme et un système d’intelligence artificielle. Deux ans plus tard, c’est au tour du long métrage Ex-Machina de matérialiser l’idée de rapports charnels entre des humains et des robots équipés de ce type d’intelligence.

Bref c’est dire à quel point le concept fait rêver. Et comme on le sait, ce que l’homme rêve, l’homme créé.

Depuis des années, l’industrie du sextoy ne cesse d’innover dans le domaine des accessoires de plaisir et de bien-être. Mais les dernières avancées issues du jeu-vidéo, du web ou des technologies de mobilité (ex : smartphones) lui promettent désormais une véritable révolution.

En ligne de mire de ce bouleversement du secteur du jouet sexuel, les Love Dolls.

Les Love Dolls, compagnes sexuelles du futur

Auparavant dénommées Sex Dolls (une appellation beaucoup plus honnête, donc forcément moins sexy), les Love Dolls sont des poupées grandeur nature imitant autant que possible l’apparence d’une vraie personne. Avec, bien sûr, des attributs (seins, bouche, sexe…) pensés pour être à l’avantage de leurs propriétaires.

Sous leur peau en silicone se cache un squelette articulé, généralement fait de PVC et d’acier pour les articulations.

sex-dollsPlusieurs modèles sont disponibles dont chacun dispose de caractéristiques propres : taille des seins, teint de peau, couleur d’yeux ou de cheveux, etc. Depuis quelques années, la tête des poupées peut même se détacher pour permettre à l’utilisateur d’en changer selon sa fantaisie.

Matt McMullen, PDG d’Abyss Creations (société construisant les poupées « RealDoll »), ne manque pas d’ambition pour faire de ses créations un compagnon indispensable dans un avenir proche.

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Matt McMullen, PDG d’Abyss Creations, imaginant les prochaines améliorations à apporter à ses Love Dolls.

L’un de ses objectifs est de les rendre toujours plus réalistes, notamment en les dotant de fausses pulsations cardiaques et d’une peau chaude. D’après lui, c’est absolument nécessaire pour que les gens se sentent vraiment attirés par les sexbots.

Il ajoute que le sexe robotique sera une expérience « époustouflante », et espère que les robots deviendront la meilleure option pour ceux qui souhaitent ajouter un peu de piment à leur vie amoureuse.

Mais pour y parvenir et suivre la tendance des avancées technologiques qui émergent actuellement, il sait que le simple réalisme physique ne suffira pas.

C’est pour cette raison que son entreprise a récemment lancé le projet d’intégrer une intelligence artificielle dans ses poupées. Moins passives qu’aujourd’hui, celles-ci profiteront de personnalités personnalisables et seront capables de partager des moments « romantiques » avec leur propriétaire.

Nous travaillons sur un système d’intelligence artificielle qui peut soit être connecté à une poupée robotique OU expérimenté dans un environnement de réalité virtuelle.

Une évolution plutôt logique quand on sait que l’intelligence artificielle est en plein boom en ce moment.

Capables d’apprendre par eux même, ces systèmes se développent à une vitesse étonnante et intègreront bientôt la plupart de nos objets du quotidien. C’est d’ailleurs déjà le cas avec des technologies comme Siri chez Apple, Cortana chez Microsoft ou encore Alexa chez Amazon.

L’ère des sextoys traditionnels cède ainsi sa place à la « télédildonique », soit l’action de faire l’amour à distance ou via une application de réalité virtuelle.

Si vous êtes nostalgique de l’époque où s’introduire un plug anal était la marque de transgression morale ultime, il faudra vous faire une raison… les Love Dolls débarquent, et elles vont changer la donne en matière de relations sexuelles artificielles.

A en croire leur créateur, il s’agira d’une expérience complètement inédite et qui ira au delà du simple acte physique. On veut bien le croire.

Mais comme toute avancée, celle de ces poupées s’accompagne d’avantages comme d’inconvénients… et pas des moindres.

Les Love Dolls vont-elles tuer l’amour ?

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Une scène tirée du film Ex Machina (2015)

Les acteurs de ce secteur comme les futurologues prédisent un avenir radieux à ces ersatz d’humains.

Mais pourquoi un tel attrait envers des poupées en silicone, aussi réalistes puissent elles paraître ?

Bien sûr, leur apparence physique avantageuse et leur total dévouement envers leurs propriétaires n’est pas étranger à leur succès.

Mais au delà de ça, elles possèdent deux qualités essentielles face à leurs homologues humains : elles ne jugent ni ne rejettent personne.

Et c’est peut-être cet aspect en particulier qui promet d’assurer un succès phénoménal à ces humanoïdes sexuels. Avec eux, finie la misère sexuelle subie par tant d’hommes et de femmes (nous y reviendrons).

Si l’on en croit un rapport du futurologue et docteur Ian Pearson, le sexe avec des robots est en passe de devenir très commun d’ici à 2050. A tel point qu’il pourrait partiellement éliminer le besoin de rapports sexuels avec d’autres humains. Vous avez dit flippant ?

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Le sexe avec des robots, une pratique courante en 2050 ?

A leur décharge, on ne peut nier que les love dolls et leurs évolutions robotiques présentent certains avantages.

D’abord, elles pourraient incarner une chance d’avoir un semblant de vie sexuelle pour les personnes ayant des difficultés à en avoir une. Je pense là aux personnes au physique peu avantageux, celles souffrant d’un handicap, les victimes d’accidents les ayant défiguré ou encore les individus plombés par une timidité maladive.

A terme, si les Love Dolls connaissent bien le succès escompté par leurs créateurs, on verra de plus en plus de gens en posséder ou en louer. Cela pourrait ainsi engendrer une diminution de la violence sexuelle ou encore de la prostitution.

Le risque d’attraper des MST sera lui aussi considérablement réduit avec les robots sexuels.

Cependant (et c’est là mon opinion personnelle), je pense que ces jouets sexuels high-tech nous conduisent sur une voie très dangereuse en termes de rapports humains.

Pour moi, il ne s’agit ni plus ni moins d’une sorte d’eugénisme sexuel poussé à son paroxysme.

realdollLes Real Dolls sont en effet présentées comme un remède contre la solitude. Pourtant, elles n’en restent pas moins des objets dénués d’âme. Même dotées d’une intelligence artificielle, elles demeurent un assemblage de composants synthétiques.

Elles sont dépourvues d’histoire, de sentiments et d’émotions… et même d’imperfections, qui pourtant rendent nos semblables si attachants (« Love your imperfections », dit le slogan du site de rencontre Meetic).

Matt McMullen l’admet lui-même :

Vous programmez une poupée pour être d’accord avec tout ce que vous dites, faire tout ce que vous dites, être toujours sympa avec vous et respecter vos moindres désirs. C’est ennuyeux. Je vous le dit sans l’ombre d’une hésitation, les poupées ne pourront jamais remplacer une vraie femme. Je veux dire, la moitié du défi que représente une relation réside dans la tension constante entre les hommes et les femmes.

Mais l’homme connaît aussi bien le vieil adage : business is business ! Aucun doute sur le fait qu’il plongera tête la première dans ce marché des sexbots au vu de son immense potentiel économique.

De nombreuses personnes s’interrogent aussi sur l’impact qu’auront ces poupées sur l’image de la femme. Plus que tout autre jouet sexuel avant elles, elles assimilent et réduisent cette dernière à un objet docile, lubrique, créé pour la simple satisfaction des pulsions masculines.

Avec quels risques à la clé ? Celui, très probable à mon sens, qu’à terme les interactions hommes-femmes ne se limitent plus qu’à de simples échanges physiques. Hors, on sait que les échanges avec le sexe opposé (ou du même sexe, d’ailleurs) sont bien plus riches que ça.

Qu’en est-il du délicieux frisson d’une rencontre ? Des jeux de séduction et du challenge qu’ils représentent ? Et, surtout, de l’amour ? Tout ces choses et bien d’autres, sacrifiées sur l’autel du sexe facile mais déshumanisé.

Finalement, ce qui rend les robots des compagnons idéaux dans tous les domaines de la vie est aussi la raison faisant qu’ils sont néfastes pour la société.

Et les utilisateurs de ces sexbots pourraient très rapidement voir apparaître ces effets délétères dans leur vies personnelles. Le risque est qu’ils soient tellement satisfaits de leurs interactions avec ces machines à plaisir qu’ils commenceront à considérer superflues celles avec leurs congénères en chair et en os.

A terme, cela pourrait les conduire à une dangereuse isolation et un détachement émotionnel vis à vis de leurs semblables.

Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Sommes-nous prêts à courir ce risque immense pour l’humanité ?

Avant de considérer un peu trop vite le scénario décrit ici comme catastrophiste, prenez le temps d’y réfléchir.

Quoique soit votre avis sur la question, je serais heureux de le connaître pour poursuivre le débat avec vous. Voyez-vous l’émergence de ces compagnons sexuels robotisés comme une chose positive ou non ? Pourquoi ? Les commentaires n’attendent que vous !

Une réponse

  1. Raffaël

    Bonjour, l’article me semble très pertinent, les questions posées donnent à réfléchir. Cependant, même dans 33 ans, je ne pense pas que le sexe avec les robots soit accepté à ce point. Déjà il ne sera pas accessible à tous. De tels bijoux de technologies doivent coûter un prix assez élevé, d’une part car la confection à l’air élaborée et nécessite de bons programmeurs, mais aussi parce que, de base, les objets sexuels ne sont pas très bon marché. A titre d’exemple, nous avons acheté comme cadeau une poupée gonflable à 50€ à un ami pour son anniversaire à titre de blague. En ouvrant le paquet, nous avions été déçus, car elle était extrêmement moche et les orifices ne semblaient pas pouvoir procurer beaucoup de plaisir (un peu large, et surtout c’est bien plus proche d’une bouée que d’un masturbateur). Ainsi c’est la douille. Les love dolls ont l’air d’être géniales, mais il faut imaginer le coût que ça représente. Il faut donc premièrement avoir les moyens. Ensuite, aller dans un sex shop n’est pas forcément très facile pour tout le monde, une certaine honte y est liée, en tout cas chez les hommes, qui seront à n’en pas douter les principaux consommateurs de ces poupées. Il faut tout de même avoir le cran d’entrer et sortir du magasin avec une poupée grandeur nature (si c’est acheté en pièce détachée #IKEA je pense que la situation peut paraître assez glauque). L’achat via Internet peut bien évidemment palier à cela, mais bon la honte et l’hésitation seront toujours présentes. Enfin il faut voir dans un contexte plus large. Elles ne seront (vraiment) accessibles que dans certains pays. En partant du principe que ces objets soient coûteux, il ne sera distribué que dans les pays qui en ont les moyens, c’est à dire les sociétés occidentales et une partie de l’Asie. Je parle de l’Asie en pensant au Japon, adeptes de la robotique, et aussi d’objets sexuels qui repoussent parfois les limites de la décence et du bon gout (le cas des lolis, d’ailleurs, avec cet article on peut se poser la question assez malaisante « peut on donner des poupées sexuelles loli/enfantines aux pédophiles ? », on s’écarte du sujet mais voilà un des usages probables). Les Love Dolls seraient alors plus présentes aux USA, en Angleterre, en France, en Corée ou au Japon (je pense qu’ils seront les principaux acheteurs). En prenant en compte les deux facteurs précédents, il s’agira d’un objet disponible pour une minorité de personnes dans une minorité de pays. Je pense donc que ces poupées peuvent être d’une grande aide pour les personnes dans des situations délicates, comme évoquées dans l’article (anxieux, mutilés, etc), en revanche même si les questions engendrées sont intellectuellement intéressantes, elles n’auront peut être pas dans les faits d’intérêt. Je ne veux pas dire que cela manque d’intérêt, mais qu’un possible futur ou la sexualité humaine (ou au moins occidentale au XXIème siècle) sera majoritairement entre robots et humains au lieu de humain et humain n’existera pas. Parler de « risque immense pour l’humanité » me parait inapproprié. De plus la morale de chacun et la culture des différents pays ne facilitera pas l’acceptation de ce genre de pratiques sexuelles, sachant que même Tinder ou les autres sites de rencontres sont facilement mal vues alors que cela propose simplement des rencontres (il est courant de devoir se justifier d’être sur Tinder, alors qu’en soit il ne le faudrait pas). Cependant je le répète, bel article 🙂

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