Bien que largement oublié de nos jours, Nikola Tesla a pourtant été à l’origine (ou avait prédit) d’une grande partie des technologies que nous utilisons quotidiennement aujourd’hui. Plongée dans la vie et les inventions de cet homme aussi complexe que fascinant.

Aujourd’hui, le nom « Tesla » est surtout associé à la firme automobile lancée par le visionnaire homme d’affaire Elon Musk. Mais avant que ce nom soit donné à une marque de voiture, il a appartenu à l’un des plus grands génies du 20ème siècle : Nikola Tesla.

Bien que Tesla soit peu connu du grand public, son apport à la science moderne est pourtant considérable. Sa vie comme son oeuvre sont à tous points de vue passionnantes.

Brillant, Nikola Tesla a quitté le monde à l’âge de 86 ans avec plus de 300 brevets à son actif. On lui doit notamment les inventions de l’énergie sans fil, la radio, les rayons X, la télécommande, le moteur électrique, le champ magnétique tournant, la lampe au néon… ce qui fait de lui l’un des plus grands inventeurs de tous les temps !

Mais Tesla n’était pas seulement un homme de science exceptionnel.

C’était aussi un idéaliste rêvant de mettre fin aux guerres et de fournir de l’énergie gratuite et illimitée pour tous; un solitaire fuyant les relations avec les femmes, atteint de troubles obsessionnels et gravitant souvent aux frontières de la folie; un travailleur infatigable, ne dormant guerre plus de 3 heures par nuit et capable de travailler 84 heures d’affilée.

En résumé, le mélange parfait entre le savant fou et un prométhée moderne !

Nikola Tesla, l’enfant de la lumière

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Nikola Tesla étudiant dans son laboratoire, vers 1899.

Quatrième d’une fratrie de 5 enfants, Nikola Tesla est né par une nuit d’orage le 10 juillet 1856 dans ce qui est aujourd’hui la Croatie. La légende dit que cette nuit là, la tempête était si violente que la sage-femme qui assistait sa mère aurait dit à cette dernière qu’il serait « un enfant des ténèbres ». Ce à quoi sa mère aurait rectifié : » non, il sera un enfant de la lumière ».

Que cette anecdote soit véridique ou non, l’électricité a eu une importance majeure dans la vie de l’inventeur.

Enfant, Tesla a été tiraillé entre deux voies. Son père, un prêtre orthodoxe, souhaitait que son fils suive ses traces religieuses. Sa mère, bien qu’analphabète, était une inventeuse douée qui imaginait (ou améliorait) des appareils électroménagers.

D’une nature curieuse et possédant de prodigieuses facultés intellectuelles (on l’a suspecté par la suite d’être autiste de haut niveau), Nikola Tesla a naturellement choisit la voie maternelle.

Il était en effet capable de mémoriser des livres, des images et pouvait même visualiser dans son esprit des structures 3D de manière très détaillée. Des capacités qui, c’est certain, l’ont beaucoup aidé par la suite dans sa carrière d’inventeur.

L’électricité, la fascination de Tesla

Durant ses jeunes années, il suit une scolarité classique et imagine des inventions pendant son temps libre. C’est cependant lorsqu’il intègre le lycée à Karlovac (Croatie) que naît ce qui deviendra son obsession tout le reste de sa vie.

En effet, sa fascination pour l’électricité prend forme là-bas après avoir assisté à des démonstrations par son professeur de physique. Ebloui par ce qu’il a vu, il brûle d’en savoir plus sur la puissance de l’électricité et son fonctionnement. Diplômé un an avant qu’il soit temps d’aller à l’université, il entreprend alors de revenir dans sa ville natale de Smiljan.

Malheureusement, il contracte le choléra et frôle la mort durant ses 9 mois d’alitement.

Après avoir survécu, il ressent le besoin d’un changement et d’une croissance spirituelle. Au lieu de rejoindre à l’armée, il part explorer les montagnes de son pays et dévore une quantité de livres. Il témoignera dans ses mémoires que cette expérience l’a aidé à récupérer complètement, tant sur le plan physique qu’émotionnel.

L’Université technique de Graz marque la prochaine étape de sa vie. En se plongeant plus profondément dans l’apprentissage des mathématiques, de la physique et même de la philosophie, son amour pour l’électricité grandit. Il est l’un des meilleurs étudiants de son école, ne manquant jamais une conférence et passant tous ses examens avec brio.

Il travaille même si dur que son manque de repos inquiéte ses professeurs. Ces derniers finissent d’ailleurs par alerter son père du zèle de Tesla qui pourrait l’amener à l’épuisement psychique.

En 1879, son père décéde et cela affecte énormèment Nikola Tesla. Il cesse de s’investir dans les activités scolaires et s’abandonne dans les jeux d’argent (le même vice qu’un autre de ses contemporains, Fédor Dostoïevski).

Cela l’amène à perdre de grosses sommes d’argent, y compris ses frais de scolarité. Il n’obtiendra jamais son diplôme.

Les Etats-Unis, terre d’opportunités… et de désillusions

Il commence sa carrière à Budapest, où il travaille un temps comme ingénieur électricien. Il contribue à l’entreprise de plusieurs façons et l’aide à évoluer en inventant ou améliorant certains procédés.

Il est dit que c’est à cette époque que germe dans son esprit l’idée du moteur à courant alternatif.

En 1882, il s’installe à Paris et commence à travailler pour la Continental Edison Company. C’est durant l’une de ses nuits blanches qu’il rencontre pour la première fois le grand patron, Thomas Edison. Deux ans plus tard, il part pour les États-Unis où son manager l’attend pour travailler à ses côtés dans la maison mère, l’Edison Machine Works. Il a 28 ans.

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Nikola Tesla et Thomas Edison, deux génies rivaux

Il travaille à New York pendant environ un an et gagne l’attention d’Edison. Le fameux inventeur est impressionné par les idées et les inventions du jeune homme, bien qu’il soit en même temps convaincu de leur infaisabilité.

Malgré cela, Edison offre une fortune à Tesla pour que celui-ci améliore la technologie de courant continu qu’il utilise dans ses centrales. A l’époque, le courant continu était l’unique technologie électrique bien qu’elle était instable et source d’incendies à répétition.

Tesla accepte et accomplit sa tâche, résolvant les problèmes d’Edison. Ce n’est qu’au moment de demander son dû à son patron que celui-ci l’informe que la rémunération proposée n’était qu’une plaisanterie. Pour toute récompense à ses efforts, Edison lui propose d’augmenter légèrement le salaire de son ingénieur prodige.

Furieux de s’être fait ainsi rouler, Tesla refuse et démissionne dans la foulée. Cette trahison marque le début de la rivalité entre les deux hommes ainsi que celui de la « guerre des courants » : la technologie de courant continu développée par Edison contre le courant alternatif imaginé par Tesla.

La guerre des courants

Suite à sa confrontation avec Edison, Tesla fonde la Tesla Electric Company afin de concrétiser son projet de courant alternatif.

Cette entreprise est rendue possible grâce au soutien financier de deux hommes que Nikola Tesla a rencontrés, lesquels ont de l’expérience non seulement dans la gestion d’entreprises, mais aussi dans la façon de promouvoir les inventions et du retour sur investissements. En effet, aussi génial qu’était Tesla dans le domaine des sciences, il était en revanche déplorable en affaires.

Le premier laboratoire de l’inventeur ouvre ses portes à Manhattan, à seulement quelques encablures du siège d’Edison.

Cette guerre des courants entretient la rivalité entre Edison et Tesla pendant des années. Son modèle de courant alternatif étant bien plus stable et efficient que celui d’Edison, Tesla finit cependant par gagner cette confrontation. C’est ainsi qu’avec le soutien de George Westinghouse, concurrent direct d’Edison, il va contribuer à électrifier les États-Unis.

La victoire la plus notable de Tesla est survenue en 1896. C’est cette année là qu’il a l’opportunité de mettre en application l’un de ses rêves d’enfant : exploiter la puissance des chutes du Niagara pour alimenter en électricité la ville de Buffalo, toute proche.

L’invention de la radio, un autre rendez-vous manqué avec l’Histoire

Des années plus tard, Nikola Tesla s’apprête à démontrer la réalité de la transmission radio grâce à l’une de ses dernières inventions, la bobine Tesla. Malheureusement pour lui, son laboratoire est détruit après un incendie ce qui l’empêche de faire sa démonstration.

Guglielmo Marconi, inventeur et ingénieur électricien italien, reprend idée de Tesla à son compte en utilisant la même technologie. L’invention de la radio lui est alors attribuée, de même que le prix Nobel en 1909. Comble de l’ironie, l’ensemble du projet de Marconi a été parrainé par l’ennemi juré de Nikola Tesla : Thomas Edison.

Une longue bataille judiciaire s’ensuivra, mais Tesla ne vivra pas assez longtemps pour en connaître l’issue. Une issue qui, de surcroît, lui est favorable puisque la Cour Suprême des États-Unis concèdera que Tesla était bien le père originel de la radio.

Nikola Tesla : derrière le génie, l’humaniste

Comme je le mentionnais en introduction, Tesla ne s’est pas contenté d’être un pur génie. Il avait également pour ambition de pousser l’Humanité vers l’avant.

Plusieurs de ses inventions reflètent ce désir de tendre vers un monde meilleur, débarrassé des guerres.

Parmi celles-ci, on peut citer par exemple l’invention d’un bateau télécommandé qui permettrait de s’affranchir de main d’oeuvre humaine sur les navire de guerre, et ainsi de préserver des vies.

Tesla a également élaboré les plans d’un « rayon de mort« , une arme si puissante qu’elle dissuaderait tous les pays de s’envahir à nouveau. Il prétendait que son rayon était capable d’envoyer des faisceaux concentrés de particules d’une telle énergie qu’ils pourraient abattre une flotte de 10 000 avions ennemis à une distance de 400 kilomètres !

Dans le même temps, il avait imaginé la création d’un champ de force (« Tesla Shield« ) permettant de protéger des attaques ce qui se trouvait à l’intérieur (une ville, par exemple).

Mais sa vision ne s’arrêtait pas là. Tesla envisageait un futur dans lequel tout travail serait automatisé. Les usines seraient gérées par des robots et les voitures se conduiraient elles-mêmes, laisant la liberté aux humains de s’accomplir autrement.

Aujourd’hui les voitures autonomes existent, et il ne faudra pas attendre longtemps avant que nos usines soient entièrement dirigées par des robots et autres intelligences artificielles.

La Tour Wardenclyffe ou l’électricité gratuite pour tous

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La Tour Wardenclyffe, aussi appelée « Tour Tesla »

Toutes ces inventions aussi folles les unes que les autres n’arrivent pourtant pas à la cheville de son projet le plus ambitieux. Le plus beau rêve de Tesla consistait à pourvoir le monde entier en électricité, sans fil et gratuitement.

En 1901, le banquier J.P. Morgan finance le projet fou de Tesla : une tour de transmission géante qu’il baptise Wardenclyffe et basée sur Long Island, une île de l’Etat de New York.

Mais une fois encore, son projet révolutionnaire échoue. Le projet subit des dépassements de coûts et les investisseurs, déjà hésitants sur le fait qu’ils récupéreront leur argent un jour, refusent de continuer à le financer.

Le personnel est licencié en 1906, la tour (qui commençait à se détériorer et qui avait été vandalisée) est saisie en 1915, et Tesla fait faillite en 1917. L’espoir de Tesla de fournir de l’électricité gratuite pour tous ne verra jamais le jour.

Tesla, génie solitaire et dérangé

Tesla possédait un esprit incroyable, mais était peu doué en ce qui concerne la sociabilité. Il n’était pas connu pour avoir beaucoup d’amis ou d’associés proches et se tenait à l’écart des femmes. En fait, l’homme était si dévoué à sa science qu’il est resté célibataire tout au long de sa vie, croyant que l’amour et le mariage interféreraient avec son travail.

Il eu cependant un ami fidèle en la personne de Mark Twain, l’auteur de Tom Sawyer et Huckleberry Finn. Twain était assez proche de Tesla pour que ce dernier lui accorde un laissez-passer gratuit pour visiter son laboratoire quand il le désirait.

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Le romancier Mark Twain et Nikola Tesla, en arrière-plan.

Nikola Tesla a souffert de maladie mentale tout au long de sa vie, et il a vécu à une époque où de telles choses n’étaient pas encore vraiment comprises ou discutées. Les premiers signes de troubles sont apparus tôt dans l’enfance, quand il a prétendu avoir des visions après la mort de son frère Daniel.

Tesla était aussi un phobique des germes. Il se lavait constamment les mains, utilisait toujours des serviettes propres et évitait les poignées de mains à tout prix. Il s’efforçait de limiter son sommeil à deux ou trois heures maximum par nuit afin de rester concentré sur son travail.

De même, il était obsédé pour le chiffre trois. On dit qu’il marchait toujours autour d’un bâtiment trois fois avant d’y entrer, se lavait les mains trois fois de suite, etc. Il avait une aversion très marquée pour les colliers de perles et les boucles d’oreilles portés par les femmes. Tout cela laisse à penser que Tesla était certainement atteint de troubles obsessionnels compulsifs (TOC).

L’hypothèse qu’il ait été autiste asperger (autiste de haut niveau) a également été soulevée. Il était notamment très sensible aux sons et faisait preuve d’une excellente sensibilité sensorielle.

Fin de vie et postérité

Après le fiasco de la Tour de Wardenclyffe, le scientifique prodige s’est reclu sur lui-même et dans sa maladie. Ruiné, il a vécu ses dernières années comme un ermite, au 33ème étage du New Yorker Hotel. Sa seule compagnie était des pigeons, créatures dont il s’était entiché depuis longtemps déjà.

Il a poussé son dernier souffle le 8 janvier 1943 à l’âge de 86 ans, dans sa chambre d’hôtel. Le monde ignore alors qu’il vient de perdre l’un des plus grands esprits du 20ème siècle, aussi fantasque eut-il été.

Le temps et les nouvelles technologies de l’information ont permis de rendre honneur à la mémoire du grand Tesla (au propre comme au figuré, puisque l’homme mesurait tout de même 1,88m).

En 2013, une toute nouvelle statue de Tesla a été dévoilée à Long Island, là même où il avait érigé sa tour plus d’un siècle plus tôt. Après des campagnes de financement participatif particulièrement lucratives et un don d’un million de dollars de la part d’Elon Musk, le site de Wardenclyffe a été converti en musée Tesla. A terme, il deviendra également un centre d’apprentissage et un espace entrepreneurial.

Le film Le Prestige (2006) de Christopher Nolan l’a fait apparaître sous les traits du regretté David Bowie. En 2018 sort également un long métrage retraçant la fameuse guerre des courants où le personnage de Tesla apparaîtra, The Current War.

L’auteur Didier Van Cauwelaert, dont je vous avais déjà parlé lors de la revue de son livre Le Nouveau Dictionnaire de l’Impossible, a également sorti un ouvrage – absolument passionnant, au passage – dont Tesla est l’un des protagonistes principaux : Au-delà de l’impossible.


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L’aéroport de Belgrade (Serbie) porte fièrement le nom de Nikola Tesla. Et bien sûr, il y a la célèbre compagnie Tesla d’Elon Musk, qui suit la voie de Nikola en développant de nouvelles technologies futuristes dans le domaine de l’automobile électrique.

Nikola Tesla a lutté toute sa vie sans que l’on reconnaisse l’étendue de ses travaux et sa véritable contribution à la science moderne. Aujourd’hui, il semble enfin que son oeuvre et son génie émergent de l’oubli et inspirent les innovateurs. Une belle revanche sur le passé !

Aviez-vous déjà entendu parler de Nikola Tesla avant de lire cet article ? Que pensez-vous de ses inventions et de son parcours de vie ? Que vous inspire-t-il ?

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