Son nom ne vous dira peut-être rien, et pourtant vous connaissez forcément les créations de Shigeru Miyamoto. C’est sans doute parce que cet homme, dont le sourire semble être rivé au visage, n’est autre que le père des jeux-vidéo modernes.

Avant lui, ce type de divertissement consistait surtout en des épreuves d’adresse. Les fans de retrogaming se souviendront avec nostalgie de Space Invaders ou PacMan, meilleurs représentants de ce genre de jeux.

Et puis Miyamoto est arrivé. C’est lui qui, le premier, a introduit une véritable histoire et beaucoup de fantaisie dans un jeu vidéo.

Figure de proue de l’univers Nintendo, il est à l’origine des plus grands succès de la firme nipponne. Entre autres chefs-d’œuvres, on lui doit notamment les personnages Donkey Kong et Mario, le petit plombier à la casquette rouge qui s’est d’abord appelé JumpMan.

Ces deux franchises ont connu un engouement considérable auprès des joueurs durant les années 80. Elles ont également permit à Shigeru Miyamoto d’asseoir sa réputation, et l’ont encouragé à déchainer son imagination et sa créativité dans son travail.

Miyamoto, un créatif dans l’âme !

Shigeru Miyamoto naît en 1952 dans la ville de Sonobe, près de Kyoto.

A la vue de la vidéo ci-dessus (extraite de l’excellente émission Tracks, sur Arte), on comprend que Shigeru Miyamoto est toujours sorti du lot. Enfant, ses passions diffèrent de celles des autres petits japonais.

Alors que la plupart de ses camarades de l’époque vouent un culte aux monstres folkloriques et aux superhéros, lui préfère l’univers délirant des dessins animés comme Tom & Jerry ou Popeye.

Sa famille ne possède pas de téléviseur. Le futur créateur de Mario s’en remet donc à sa curiosité et son imagination pour se divertir.

Il passe ainsi beaucoup de temps à jouer dehors, explorant des grottes cachées dans les forêts qui bordent sa maison. Il est notamment fasciné par les jeux de lumières provoqués par le faisceau de sa torche électrique sur les parois rocheuses.

C’est d’ailleurs de ces grottes que naîtra l’inspiration pour l’univers d’une autre de ses saga cultes, mélange de légendes japonaises et de mythes celtes: Zelda !

Passionné par le monde de l’enfance et celui de Walt Disney, on ne s’étonnera pas d’apprendre que Link (le héros des jeux Zelda) n’est autre qu’une version digitale de Peter Pan. A y regarder de plus près, la ressemblance est d’ailleurs assez frappante !

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Comparaison des personnages Link, des jeux Zelda, et Peter Pan (version Walt Disney)

Dans le même temps, il lit beaucoup de bandes dessinées, dessine, fait de la musique (il a joué beaucoup de banjo dans sa jeunesse et a même fait partie d’un groupe avec des camarades). Il participe aussi des spectacles de marionnettes et fabrique alors lui même ses propres pantins avec lesquels il joue ensuite durant des heures.

Toutes ces expériences et travaux créatifs constitueront la matière première de son inspiration pour son futur métier de concepteur de jeux-vidéo.

L’aventure de sa vie: Nintendo !

A la fin des années 60, Miyamoto poursuit des études de designer industriel. De son propre aveu, il ne faisait pas toujours ce que ses professeurs attendaient de lui. Il confesse:

« J’ai fait beaucoup de choses étranges à l’école. Une fois, on nous a donné la consigne de créer une chaise. La plupart des étudiants ont envisagé les chaises selon une perspective historique et ont créé un objet qui en était une évolution. Moi, j’ai d’abord imaginé ce que ça ferait d’être assis sur une corde. J’ai alors lié des cordes entre elles et créé une chaise. Je ne pense pas que c’était très confortable ! »

Nous sommes au début des années 70 lorsqu’il obtient son diplôme en design industriel. Il se rapproche très vite de l’entreprise Nintendo grâce à son père qui connaît le président de l’entreprise à l’époque.

Son entretien d’embauche, atypique, est à l’image du personnage. Il raconte:

« La plupart des candidats apportaient un CV et leur portfolio de dessins ou de photos. Moi, j’ai apporté des cintres. »

Il avait imaginé et fabriqué ces cintres pour les enfants trop petits pour atteindre les barres de placard et trop jeunes pour manipuler les traditionnels crochets métalliques.

« Je suis venu avec une solution différente », explique Miyamoto. « J’ai conçu un cintre en bois ayant un peu une forme de croix qui rentrerait dans une encoche sur le mur. J’ai peint des éléphants dessus ».

Décelant tout de suite le potentiel créatif du jeune Miyamoto, l’entreprise le choisit pour travailler sur le design des consoles de jeu.  A cette époque, elle n’est pas encore le géant qu’on connaît aujourd’hui. Nintendo est en difficulté, a tel point que seul un miracle pourrait sauver l’entreprise.

Dès ses débuts chez Nintendo, il ne conçoit pas son poste comme un véritable travail. Il confesse plutôt l’avoir envisagé comme une opportunité de créer ses propres jouets. Avec son goût inné pour les jeux traditionnels, qu’on peut manier simplement, il va insuffler ces caractéristiques dans les jeux qu’il créera par la suite.

Et cela commence par la création de Donkey Kong, qu’il créé sur borne d’arcade seulement 3 mois après son arrivée chez Nintendo. Ce personnage, inspiré de King Kong, ainsi que le principe du jeu en lui-même jettent un vent de renouveau sur le petit monde du jeu-vidéo.

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Une affiche du jeu « Donkey Kong » datant de l’époque de sa sortie.

Le succès est immédiat, retentissant. Donkey Kong sera l’ambassadeur de Miyamoto dans la cour des grands, et sauvera Nintendo d’une faillite programmée.

Plus tard il voudra adapter en jeu le personnage de Popeye, pour lequel il a toujours voué une grande admiration. Problème: les ayants-droits refusent qu’il utilise le personnage.

Il a alors l’idée de créer lui-même un personnage qui deviendra ensuite l’égérie de Nintendo: Mario !

Une nouvelle fois, le génie créatif de Shigeru Miyamoto fait mouche: le public adore Mario et ses aventures vidéoludiques. Devant ce succès, on raconte même que les ayant droit de Popeye seraient revenus sur leur refus de laisser Miyamoto adapter leur personnage.

Trop tard ! Le japonais a goûté aux joies de la création pure, et il a adoré ça !

Bien d’autres jeux ont suivi ces franchises et la plupart ont rencontré un grand succès commercial. Parmi ceux-là, on peut citer notamment: Star Fox, Pikmin, F-Zero, Wave Race, Goldeneye ou Nintendogs. Sans oublier tout le travail accompli au niveau du design des consoles et manettes qui ont participé à l’explosion du secteur vidéoludique.

Ses inspirations et méthodes de travail

Shigeru-Miyamoto
Selon Shigeru, le secret de la créativité réside dans le fait de toujours résister au conservatisme.
Il ne faut pas céder à la facilité ou à la routine et faire face avec enthousiasme aux nouveaux défis. Il préconise aussi de rester éveillé, en d’autres termes de toujours cultiver sa curiosité.

C’est sans doute pour toutes ces raisons qu’il a refusé de devenir un grand exécutif chez Nintendo: il s’amuse trop à créer des jeux et imaginer de nouveaux personnages !

Côté inspiration, il dit souvent trouver la matière première pour ses jeux dans le monde physique. On l’a déjà démontré pour le jeu Zelda, mais cela se vérifié pour d’autres titres qu’il a imaginés.

Par exemple, un simple projet de jardinage est devenu la base de Pikmin, un jeu d’aventure sorti sur la console GameCube de Nintendo.

Son habitude de se peser chaque matin a été le point de départ de Wii Fit, un jeu de fitness faisant intervenir un accessoire ressemblant à s’y méprendre à une balance pèse-personne. Et lorsqu’il emmène son chien dans un cours de dressage, il en revient avec l’idée du jeu Nintendogs.

Il raconte la genèse de ce dernier:

« C’est vraiment important de trouver des choses qui vous sont personnellement amusantes et intéressantes, et ensuite d’inclure ces aspects amusants dans un jeu. Quand nous avons eu notre chiot, je l’ai emmené à un cours de dressage. J’ai trouvé que ça n’était pas vraiment un endroit où dresser son chien. C’était plutôt un lieu où on enseigne aux gens comment les chiens se comportent. J’ai trouvé cela intéressant. Je me suis ainsi fait beaucoup d’amis qui étaient passionnés par les chiens. J’ai également commencé à me rendre à l’animalerie pour acheter des choses pour mon chien. Ensuite, je me suis dit que ce serait bien de créer un jeu que les gens pourraient acheter quand ils se trouvent à l’animalerie. »

Fun et simplicité

Ce témoignage jette un éclairage intéressant sur la façon de penser « out of the box » du créateur japonais. Il observe son environnement et voit ce qu’il peut détourner, transformer… et rendre plus amusant !

Miyamoto teste ses jeux lui-même et fait également intervenir ses amis et sa famille. Il est en effet convaincu que s’il trouve les jeux amusants, il en sera de même pour les autres.

Il met davantage l’accent sur le fond des jeux (exemple: les défis à relever), plutôt que sur la forme (des graphismes ultra-perfectionnés). Il privilégie aussi les histoires courtes et amusantes aux longues séquences filmées. Parfois, la simplicité est la clé.

Son conseil à destination des designers et artistes est qu’une « bonne idée résout plusieurs problèmes en même temps. » A méditer…

Parmi ses nombreuses distinctions, il a notamment été la première personne intronisée au Hall Of Fame de l’Académie des Sciences et des Arts Interactifs en 1998. Il a été fait Chevalier de l’ Ordre des Arts et des Lettres en France en 2006 et, en 2008, les lecteurs du magazine Times l’ont élu « personne la plus influente de l’année. »

Aujourd’hui, il travaille toujours pour Nintendo et gagne le même salaire que les autres développeurs (selon sa volonté).

Plus que pour l’argent, Shigeru Miyamoto profite de sa position chez Nintendo pour satisfaire une créativité encore bien vivace du haut de ses 63 ans.

Quoi qu’il en soit, nous sommes nombreux à lui devoir de fabuleux souvenirs. Ses jeux ont excité l’imagination de plusieurs générations d’enfants dont certains, inspirés par le maître Miyamoto, prendront sa suite pour créer à leur tour les jeux de demain !

Et vous, quel souvenirs avez-vous de l’univers Nintendo ? Quels jeux vous ont marqué ? Partagez vos bons souvenirs en commentaires !

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3 Réponses

  1. Emma

    Au contraire d’Hollywood, en Japon il y a beaucoup d’artiste mais il sont méconnu de monde en générale sauf pour les fans
    C’est énorme ce qu’il a fait et ce qu’il va laissé derrière lui

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  2. Morgan

    Pour moi, le jeu Rayman 3, sur Gamecube et PS2 était une vraie pépite, drôle, poétique, complètement déjanté, excellent au niveau du gameplay, tout y était !
    Je garde un bon souvenir de Mario Sunshine aussi, et de Mario Party.

    Répondre

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