L’ouverture à Berlin d’Urban Nation, un musée dédié à l’art de rue, marque une étape importante dans la légitimité de cette forme d’art singulière. Symboliquement, il s’agit d’une bonne façon de redonner sa juste place au mot « art » dans l’appellation « street-art » !

Art pour certains, vandalisme pour d’autres… Bien que partie prenante du paysage urbain depuis des décennies, le street-art ne fait toujours pas l’unanimité. Pourtant, un long chemin vers une légitimité bien méritée a été fait depuis son émergence dans le New York des années 70.

Il faut dire que d’une pratique marginale, l’art de rue s’est progressivement transformé en un mouvement structuré comptant autant d’artistes prodiges que d’admirateurs. Il s’intègre à présent comme partie prenante d’un écosystème mêlant d’autres pratiques urbaines (musique, photographie, pratiques sportives, etc).

D’abord marginaux et mal compris, les street-artists ont réussi à convaincre les spectateurs de leur talent grâce à leurs oeuvres puissantes et engagées. A tel point qu’aujourd’hui, retrouver des pièces de street-art dans de prestigieuses galeries ne choque plus personne.

Les superstars de l’art urbain en ont même fait un fond de commerce très lucratif. Banksy, par exemple, vend des toiles à plusieurs milliers d’euros au cours d’expositions très médiatisées. Shepard Fairey (fondateur de la marque Obey et auteur du célèbre poster « Hope » pour la campagne de Barack Obama en 2008), lui aussi, vit confortablement de la vente de ses oeuvres.

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Le street-artist Shepard Fairey posant à côté de son poster « Hope », conçu pour la première campagne présidentielle de Barack Obama.

D’ailleurs, la collaboration avec les galeries ne se fait pas qu’au niveau physique pour les acteurs de l’art urbain. Les street-artists écoulent aussi certaines de leurs productions sur Internet grâce au concept de la galerie d’art en ligne. Artsper.com, qui se présente comme le leader européen de la vente en ligne d’art contemporain, permet par exemple de trouver facilement des créations de street-artists grâce à un moteur de recherche intelligent.

Sur Artsper, on peut notamment trouver des affiches numérotées de Shepard Fairey en quelques clics et au même prix qu’en galerie d’art. De la rue aux galeries en passant par le web, on constate que le street-art a fait du chemin depuis la clandestinité des débuts.

Aujourd’hui, Berlin lui offre la reconnaissance qu’il mérite avec l’ouverture de l’Urban Nation, un musée tout entier consacré à l’art urbain.

Urban Nation, une reconnaissance pour l’art urbain

Baptisé Urban Nation Museum for Urban Contemporary Art, ce musée a donc été inauguré en septembre 2017 à Berlin. Une implantation finalement assez logique puisque la capitale allemande est une ville réputée pour la richesse des oeuvres qu’elle compte sur ses murs.

Cette vitrine, mettant en vedette les œuvres de 150 artistes internationaux et locaux, est décrite comme une première mondiale en son genre.

L’art urbain contemporain est la prochaine étape logique pour suivre ce qui se passe dans la rue. Cet établissement peut être vu comme une archive qui raconte l’histoire [du street art] pour la première fois, depuis ses débuts jusqu’à maintenant. Il ne s’agit pas d’essayer d’enfermer quelque chose qui appartient à la rue. L’idée est de donner à ces artistes le soutien d’un musée vivant et respirant, de protéger leur travail et de permettre aux gens de se rapprocher pour faire l’expérience de quelque chose qui est souvent peint au dessus de leur regard, a déclaré la directrice du musée Yasha Young.

Urban Nation fait partie de la fondation à but non lucratif Berliner Leben, créée par la société de logement municipale Gewobag.

Le musée est l’aboutissement de nombreuses années de planification et de travail acharné. Il a été financé en partie par une subvention d’un million d’euros et par un prêt de 400 000 euros de la Fondation LOTTO, à Berlin.

Un ancien bâtiment résidentiel datant de l’époque Wilhelminienne (1870 à 1918), situé dans le quartier Schöneberg, a été habilement transformé pour donner vie à ce musée unique en son genre. C’est la team d’architectes GRAFT qui a été missionnée afin de créer un espace qui mettrait en valeur la collection du musée.

Un musée à l’image du street-art : vivant et en transformation constante

Avec ses éléments de façade mobiles, le bâtiment lui-même est une œuvre d’art à part entière.

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L’un des visages sans cesse changeants du musée Urban Nation à Berlin.

Des artistes comme LI-HILL, Ben Eine et DALeast, entre autres, ont peint sa façade au cours des dernières années. Il est déjà prévu que celle-ci en accueille encore d’autres dans le futur, pour se faire écho du style street-art sans cesse en mouvement.

En pénétrant dans le musée (dont l’entrée est gratuite), on est frappé par le contraste entre le style des lieux et les oeuvres qui y sont exposées. Le sol est en béton ciré sombre et les murs d’un blanc immaculé, tandis que beaucoup de tableaux qui les habillent se parent de couleurs vives.

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Au niveau supérieur, une passerelle permet d’offrir des vues, des perspectives différentes sur les œuvres d’art exposées. Il n’y a pas non plus de manière définie de s’orienter à travers le musée. De façon astucieuse, il a été conçu de manière à ce que les visiteurs contrôlent leur propre expérience.

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Vue depuis la passerelle.

Le musée intègre aussi une bibliothèque rassemblant une collection d’œuvres d’artistes invités. La légendaire photojournaliste Martha Cooper, spécialiste du street-art depuis ses origines, lui a également légué une partie de sa collection de livres sur le sujet. C’est donc tout naturellement que cette bibliothèque porte son nom.

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La bibliothèque Martha Cooper, intégrée au sein du musée du street-art Urban Nation à Berlin.

Par ailleurs, la contribution d’Urban Nation à la scène artistique urbaine de Berlin ne se limite pas au musée. Leur projet One Wall a vu des artistes renommés tels que Herakut, Don John, Shepard Fairey, Fintan Magee et bien d’autres décorer les murs de la ville.

Depuis 2013, Urban Nation invite à Berlin des artistes internationaux cinq fois par an. Ceux-ci viennent décorer murs, tours et ponts de la capitale allemande. L’idée est d’investir tous les quartiers de la ville pour faire de Berlin la capitale mondiale du street art.

C’est l’artiste Néerlandais Don John qui a inauguré l’initiative. La fresque ci-dessous peut être aperçue au numéro 29, Mehringplatz de la capitale. Depuis son lancement, le projet One Wall a déjà vu plus d’une quarantaine d’artistes s’exprimer sur les murs de la ville.

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Street-art by Don John, Berlin

L’année 2018 verra l’inauguration de résidences d’artistes dans le but de soutenir les talents émergents. Pour rester fidèle à l’esprit street-art (la proximité entre l’oeuvre et ses spectateurs), des projets de proximité avec les habitants de Schöneberg (le quartier ou est implanté le musée) et de Berlin seront bientôt mis en place.

On comprend ainsi le plan des personnes derrière le projet Urban Nation, sa directrice Yasha Young en tête. Plus qu’un simple musée, il est voué à devenir une véritable plate-forme chargée de faire vivre l’esprit du graffiti et du street art !

C’est à vous ! Quel est votre avis sur ce musée du street-art ? Pensez vous que c’est une sorte de consécration pour ce mouvement underground ou, à l’inverse, qu’Urban Nation dénature l’esprit rebelle de ses origines ? Avez-vous eu l’occasion de le visiter ?

Exprimez-vous en commentaires ! Et si vous aimez le street-art, ne manquez pas les précédents articles d’Out the Box sur le sujet !

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Une oeuvre du street-artist portugais Vhils exposée au 1er étage du musée Urban Nation, à Berlin.

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Sculpture by CRANIO

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Les marches menant au 1er étage du musée Urban Nation, totalement dans l’esprit street-art !

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Street-art by ROA

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Vue depuis la passerelle.

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Vue du rez-de-chaussée.

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