Penser « out of the box », cela signifie penser différemment. Penser, autant que faire se peut, par soi-même, hors des conventions ou du politiquement correct. C’est comprendre qu’il n’y a pas qu’une seule réponse à une question, qu’il n’y a pas qu’une seule réalité, et accepter la diversité des points de vues.
Il m’arrive souvent de devoir argumenter avec des gens concernant ce dernier point (la diversité des ponts de vues, pour ceux qui ne suivent pas). Je leur dit que même si je respecte sincèrement leurs opinions et leurs croyances, je ne pense pas forcément comme eux. Que ce qui va de soi pour eux ne l’est pas forcément pour moi.
Souvent, ce type d’attitude est considérée comme de la défiance gratuite. Comme si c’était par pur esprit de contradiction que je dis ce que je dis et pense ce que je pense. Et je sais que c’est un problème subi par beaucoup de gens qui osent s’éloigner de la pensée conventionnelle.
Je suis souvent frappé par le nombre impressionnant de gens qui veulent imposer leurs croyances sur moi comme étant les seules acceptables. Je suis également surpris par les nombreuses personnes qui prennent leurs croyances subjectives pour des vérités irréfutables.
Les croyances et les vérités évoluent
Le dictionnaire définit une croyance comme « quelque chose qui est cru; une opinion ou une conviction. »
En vérité, il y a très peu de choses qui soient complètement indiscutables.
Par exemple, on sait que la Terre est ronde n’est-ce pas ? C’est un fait vérifiable aujourd’hui par n’importe quelle photo spatiale de notre planète. Et pourtant, dans l’antiquité tout le monde pensait qu’elle était plate. Et s’opposer à la pensée commune pouvait être puni très sévèrement.
Jusqu’à récemment, on avait coutume de croire que le cerveau était entièrement « câblé » après la petite enfance. Cela a été imprimé dans tous les manuels de médecine pendant des décennies. Pourtant, on sait aujourd’hui qu’il n’en est rien et que le cerveau est capable de changer jusqu’à ce que le jour de notre mort.
Où je veux en venir ? Même les faits changent. Ils ne sont corrects que jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus. En fait, ce qui est juste dépend de l’information disponible au moment du débat.
Les informations que nous avons à notre disposition, au niveau le plus élémentaire, ne sont que l’interprétation faite par notre cerveau de certains signaux électriques.
La couleur n’est rien de plus que des cônes présents dans la rétine stimulés par des ondes lumineuses. Comme chaque cerveau est différent, nos perceptions des couleurs le sont également.
Personne ne réfute le fait que le ciel soit bleu. Cependant, votre bleu est différent de mon bleu. Ni le vôtre ni le mien n’est bon ou mauvais. Les deux sont bleus, les deux sont « corrects ». Tous deux sont tout simplement l’interprétation des mêmes signaux par nos cerveaux différents. Si vous demandiez à cette artiste tétrachromate (elle perçoit un spectre de couleurs bien plus important que vous et moi) la couleur de ce ciel, sa vision diffèrerait encore de la vôtre.
De même, donner un sens au monde et à ce qui s’y passe n’est rien de plus qu’une interprétation individuelle de signaux reçus par nos cerveaux qui interagissent avec notre environnement. Lorsqu’on donne un sens à ces signaux, nos cerveaux ajoutent spontanément des filtres personnels: souvenirs, croyances et attitudes envers nous-mêmes et les autres. Tout ce que nous voyons est ainsi passé à la moulinette de l’influence exercée par la famille, la religion, l’école, la culture et les expériences de vie.
Chaque parole que nous entendons, chaque mot que nous lisons, chaque expérience que nous avons, absolument tout est toujours le produit de l’interprétation subjective d’un stimuli par notre cerveau.
Réalité objective vs réalité perçue
On vit tous dans notre petit monde. Il n’y a pas de réalité unique et uniforme commune à tous. La réalité dépend de ce qui se passe réellement (objectif) et de la façon dont notre cerveau ressent ce qui se passe (subjectif). Les deux sont des composants nécessaires à la réalité, et la réalité est une notion subjective unique pour chacun de nous. Bien qu’il existe de nombreux points communs entre nos réalités, on ne peut pas supposer que tout chose est semblable (ou même proche) pour chacun d’entre nous.
La recherche sur le cerveau le démontre bien. Notre perception du monde est influencée par notre cerveau unique, nos souvenirs et nos expériences passées ainsi que par les conditions actuelles. Les gens voient ce qu’ils s’attendent à voir et se souviennent de ce qu’ils s’attendent à se rappeler en raison des biais de perception de leur cerveau.
Voir quelque chose avec nos propres yeux n’est pas nécessairement « la vérité. » Si trois personnes différentes sont témoins d’un événement unique, il y aura trois témoignages différents qui peuvent parfois considérablement varier. La recherche prouve que nos souvenirs ne sont pas des enregistrements fiables de ce qui s’est réellement passé. Ils sont des copies imparfaites du passé colorées par la perception de notre cerveau.
Compte tenu de tout ce que je viens de dire, j’ai beaucoup de mal à comprendre que quelqu’un me dise ce que je dois croire ou ce qui est juste. Car, oui, nous ne vivons pas tous dans la même réalité.
Ce qui est « juste » est simplement basé sur la perception d’un cerveau individuel. Bien sûr, vivant dans une société civilisée, nous avons des lois qui sont fondées sur des croyances partagées par une majorité. Pour cette raison, les lois varient selon les cultures.
Tolérance et respect des opinions
Le besoin d’avoir raison est le fruit d’une pensée rigide et limitée. Adopter une position où notre opinion est la seule valable est synonyme de supériorité et de jugement envers celle(s) de notre interlocuteur.
Cela revient à dire que pour que vous ayez raison, l’autre doit forcément avoir tort. Je pense qu’être dans le besoin d’avoir raison est toujours une invitation au conflit et un détournement de son énergie. L’énergie utilisée pour prouver son argument et influencer les autres pourrait être employée à meilleur escient, de manière plus positive.
Cela me fait penser à cette analogie où deux cerfs se tiennent sur une voie ferrée en débattant de la bonne direction vers laquelle se diriger. Et pendant qu’ils se disputent, un train leur passe dessus.
Abandonner le besoin d’avoir raison et être plus ouvert d’esprit peut conduire à une vie plus heureuse, plus pacifique et permettre de nombreuses possibilités de croissance et d’apprentissage. Cela peut nous rendre plus humble et améliorer notre capacité d’écoute.
Une personne qui ne se préoccupe pas d’avoir raison peut vivre sa vie sans avoir peur de faire des erreurs et peut rire plus facilement d’elle-même. Quand une personne est confiante en ses opinions, elle ne ressent pas le besoin impérieux d’avoir raison car un point de vue différent n’est pas une menace.
A tout moment, je ne peux parler que pour moi-même et décider de ce qui est bon pour moi au sein de la réalité de mon cerveau. Une personne m’a dit récemment que je ne vivais pas dans le monde « réel ». Mon monde est tout aussi réel pour moi que le sien l’est pour elle. Il n’est ni meilleur, ni moins bon – seulement différent.
Ce n’est pas ce que vous regardez qui compte, c’est ce que vous voyez. – Henry David Thoreau
Bien entendu, tout ce qui est dit ici reflète mon opinion personnelle. J’engage ceux qui liront ce texte à se faire leur propre avis de ce que j’y expose. Et à la partager en commentaires, évidemment !


