Nous sommes tous passés par là.
Notre chemin croise celui d’une personne et soudain, c’est le chamboulement total. Notre rythme cardiaque s’accélère, notre température corporelle augmente et notre cerveau semble comme hypnotisé par cette vision.
L’attraction nous envahit comme une vague, puissante et apparemment inarrêtable.
Mais l’est-elle vraiment ? Pouvons-nous contrôler les personnes qui nous attirent ?
Il n’est pas surprenant que l’attirance sexuelle soit en grande partie inconsciente. Que vous soyez en quête d’une simple rencontre sexe ou de l’histoire d’amour de votre vie, le processus qui se joue en nous reste le même.
L’attirance est en effet galvanisée par le système limbique, une section primitive du cerveau chargée de réguler des fonctions essentielles comme la faim.
Lorsque nous rencontrons un partenaire potentiel, une partie du cerveau appelée l’hypothalamus stimule la libération de neurotransmetteurs tels que la dopamine et la sérotonine, provoquant les sensations de désir ou d’amour.
Grâce à l’efficacité de cette boucle, « les gens se décident souvent sur quelqu’un dans les trois premières minutes de la rencontre« , explique Helen Fisher, docteur en anthropologie biologique et auteur de recherches sur le sujet.
Le système limbique est une force puissante, a tel point que les désirs sexuels ou romantiques ont tendance à prendre le dessus sur les pensées de notre cortex préfrontal d’ordre supérieur. C’est pour cette raison qu’on parle généralement du pouvoir de la passion sur la raison.
Mais au fond, comment se forme cette pulsion intérieure envers la personne convoitée  ?
Selon le Dr Fisher, la réponse réside quelque part entre nos influences culturelles et notre biologie d’être humain.

L’attraction sexuelle, un processus complexe

Pour commencer, nous avons tendance à être attirés par les personnes qui nous ressemblent ou ravivent des souvenirs inconscients dans notre esprit.
Nous sommes généralement attirés par ceux qui nous rappellent des êtres chers tels que des parents, d’anciens partenaires ou des amis.
Inconsciemment, les hormones sont activées parce que l’objet de notre désir a déclenché une sorte de similarité ou de ressemblance.
Une étude a révélé que nous pouvons nous trouver moins attirés par les personnes qui diffèrent sensiblement de nous en termes de traits de personnalité, et que nous sommes plus attirés par celles qui nous sont complémentaires ou peut-être de « meilleures versions » de nous-mêmes.
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Cette attirance pour ce qui est similaire explique probablement pourquoi nous avons également tendance à fréquenter des personnes qui partagent notre race, notre statut socio-économique, notre niveau d’éducation et/ou notre affiliation politique.

Les odeurs, potentiels déclencheurs du désir ?

Un autre facteur fréquemment cité dans les études menées sur le sujet est également l’odeur, chargée de phéromones.
Certains experts, comme Fisher, affirment que ce sens n’a pas d’influence significative sur les personnes que nous trouvons attirantes. (« C’est le coup de foudre, pas le coup d’odorat », dit-elle, expliquant que le sens de la vue est beaucoup plus sensible que celui de l’odorat chez les humains).
D’autres experts pensent en revanche que des facteurs tels que les déodorants, les parfums et les odeurs corporelles peuvent jouer un rôle dans l’attirance.
Les recherches sur ce sujet spécifique ne sont cependant pas concordantes.
Tandis qu’une étude va indiquer que les femmes préfèrent les hommes dont les gènes présentent une réponse immunitaire différente de la leur, une autre révèle qu’elles seront plus spontanément attirées par les hommes qui ont une odeur similaire à la leur… ou à celle qui leur rappellera la transpiration de leur père.

L’attention portée aux regards : un facteur biologique ou culturel ?

Même si beaucoup d’entre nous ne veulent pas l’admettre, le physique reste le facteur d’attraction le plus important.
C’est ce qu’affirme Madeleine A. Fugère, docteur en psychologie.
« Lorsque nous énonçons consciemment nos préférences pour un partenaire idéal à long terme, la plupart d’entre nous disent que des traits de caractère tels que la gentillesse, l’affection mutuelle et l’intelligence sont plus importants que l’attrait physique », explique-t-elle.
Mais en réalité, « l’attrait physique a un impact plus fort sur nos décisions de rencontre que des facteurs tels que la personnalité ou l’éducation. »
Tout bien considéré, cette prédominance est assez logique.
Après tout, les humains associent les caractéristiques physiques « attrayantes » à la santé, la jeunesse et la fertilité (même si cela se joue à un niveau inconscient).
La symétrie du visage est notamment un élément important pour les hommes comme pour les femmes dans l’attrait qu’ils peuvent ressentir pour une personne.
Des recherches ont également démontré que les hommes hétérosexuels préfèrent les femmes dont le rapport taille-hanches est d’environ 70 %.
Pourquoi ? « Les personnes qui s’écartent de ce pourcentage de base sont plus susceptibles de subir des fausses-couches et sont plus vulnérables à certaines maladies et problèmes de fertilité », explique Helen Fisher.
Dans une autre étude et de la même façon, des hommes hétérosexuels ont réagi à une courbure spécifique de la colonne vertébrale chez les femmes, courbure liée à la capacité d’enfanter.
Il est important de noter qu’un grand nombre des études disponibles sur ce sujet sont basées sur des groupes relativement restreints de personnes principalement blanches, ce qui signifie que les résultats peuvent très bien ne pas être représentatifs des personnes d’autres races ou de la population générale.
Ce problème se pose dans de nombreux domaines de la recherche scientifique, mais il est particulièrement important de le souligner dans le cas de l’attirance. Celle-ci peut en effet être fortement influencée par des facteurs tels que la race, le statut socio-économique ou d’autres aspects de l’identité.
Ces facteurs jouent un rôle important dans notre conception culturelle de la beauté, et les études qui ne les prennent pas en compte risquent donc de ne pas rendre pleinement compte de la réalité de l’attirance.
En effet, les idéaux culturels du corps jouent un rôle considérable dans ce que les gens trouvent attirant.
Par exemple, la glorification des silhouettes minces est un phénomène occidental relativement récent.
Des figurines de la « Vénus de Willendorf« , datant d’environ 23 000 ans, aux femmes voluptueuses représentées dans les tableaux de Rubens et Rembrandt, les silhouettes plus grandes et plus rondes ont toujours été idéalisées.
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La Vénus de Willendorf et un tableau de Rubens, « Les Trois Grâces » (1639)

En fait, « la rareté de la nourriture pendant la majeure partie de l’histoire a donné lieu à des connotations selon lesquelles il était bon d’être gros. La corpulence et l’augmentation de la ‘chair’ étaient alors désirables comme en témoignent les arts, la littérature et l’opinion médicale de l’époque », analyse le Dr Garabed Eknoyan.
« Ce n’est que dans la seconde moitié du XIXe siècle que le fait d’être gros a commencé à être stigmatisé pour des raisons esthétiques », poursuit-il.
À cet égard, nous avons également tendance à être influencés par les opinions de nos amis, de notre famille et de la société dans son ensemble.
Lorsque les médias nous montrent fréquemment des images de femmes plus minces et à la peau claire comme étant l’idéal de beauté, par exemple, nous les intériorisons jusqu’à ce qu’elles deviennent une préférence subconsciente.
Selon une étude menée auprès d’étudiants blancs, les hommes préfèrent les femmes dont l’IMC est inférieur à celui des personnes en bonne santé.
« Les normes culturelles et familiales peuvent avoir un impact important sur le type de personnes que nous choisissons de rechercher ou non comme partenaires romantiques potentiels », explique Mme Fugère.
Cela dit, il arrive que l’apparence ne fasse pas tout. Certaines recherches intéressantes montrent que le fait de découvrir qu’un partenaire potentiel a une bonne personnalité peut élargir notre acceptation de différents types de corps.

L’influence du contexte : une rencontre sexe ou une relation à long terme ?

Il semblerait également que les qualités que les gens recherchent diffèrent selon qu’ils sont en quête d’une simple aventure ou d’une relation sérieuse.
« Les recherches montrent que lorsque nous demandons aux femmes d’envisager une relation à court terme, comme un coup d’un soir, elles sont plus intéressées par les hommes qui sont plus attirants physiquement », explique encore Madeleine Fugère.
« En revanche, lorsque nous demandons aux femmes de réfléchir à une relation à long terme, l’attrait physique est moins important. Ces préférences peuvent refléter le compromis évolutif entre l’importance d’une bonne qualité génétique et l’importance de trouver un partenaire qui restera sur le long terme et aidera potentiellement à élever une progéniture. »
Au-delà du culturel et du biologique, nous sommes également intrigués par l’intérêt romantique et sexuel d’un autre pour nous, explique le psychologue et chercheur Arthur Aron. En fait, une étude récente a révélé que le fait d’être l’objet d’une attraction est un facteur prédictif du désir sexuel chez les femmes.
Un autre facteur prédictif est l’énergie inéluctable que nous ressentons avec certaines personnes.
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Dans le cadre d’une étude récente, des personnes en recherche de rencontres ont répondu à plus de 100 questionnaires les décrivant eux ainsi que leurs préférences en matière de partenaire.
Pour autant, les chercheurs n’ont toujours pas réussi à prédire qui s’entendrait bien lors d’un événement de speed dating.
« Lorsque nous ressentons une étincelle en interagissant avec un partenaire potentiel, il se peut que nos préférences et nos obstacles [tels que le niveau d’éducation ou la taille] n’aient aucune importance », poursuit Fugère.

Alors, sommes-nous conditionnés par nos seuls instincts primaires ?

En fin de compte, notre attirance pour les autres est largement instinctive et primitive. Cela n’empêche pas pour autant Helen Fisher de penser que nous pouvons certainement « triompher de ces sentiments de base » dans une certaine mesure.
Si nous souhaitons nous adapter ou faire preuve d’une plus grande ouverture d’esprit à l’égard de nos attirances, il est utile de comprendre les facteurs qui influencent notre attirance pour les autres.
En restant conscients de nos préférences innées et des qualités qui déclenchent notre attirance, nous pouvons faire appel à nos capacités de réflexion supérieures si nous le souhaitons (autrement dit, au cortex préfrontal plutôt qu’à l’hypothalamus).
Le libre-arbitre n’a donc pas complétement dit son dernier mot, et c’est sans doute ce qu’il faut retenir de positif dans tout cela !
Et vous, quelle est votre théorie sur l’attirance sexuelle ? Qu’est-ce qui, au moins consciemment, vous attire en priorité chez une personne qui fait battre votre cœur à la chamade dès les premiers instants ? Réponses honnêtes uniquement acceptées 😉

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