L’expérience de Stanford est une expérience de psychologie expérimentale aussi fascinante qu’inquiétante. On peut la voir comme une sorte de variante de la célèbre expérience de Milgram.

Elle nous interroge sur notre nature humaine, et plus particulièrement notre côté sombre… Au final, la question qui demeure est « qu’aurais-je fait à leur place » ?

En effet, la « Stanford Prison Experiment » (en v.o) a démontré la tendance des gens à adhérer à une certaine idéologie et à se soumettre à l’autorité. Tout cela… en les enfermant en prison.

Au vu des résultats, on constate que la personnalité, les valeurs ou même le libre-arbitre des individus ne sont pas des choses totalement acquises. Elles peuvent sensiblement varier en fonction des situations auxquelles elles sont confrontées.

Cette expérience nous amène aussi à comprendre, par exemple, pourquoi de telles atrocités ont été faites au nom de l’idéologie Nazie; ou encore le scandale de la prison d’Abou Ghraib, en 2004.

Une expérience terrifiante

L’expérience est menée en 1971 dans les sous-sols de l’université de Stanford (USA).

Le professeur en psychologie Philip Zimbardo et son équipe recrutent 24 hommes à priori matures et mentalement stables. 9 d’entre eux se voient attribuer un rôle de prisonnier, 9 autres celui de gardien de prison. Précision importante: la répartition des rôles est faite de manière totalement aléatoire, sans considération de la personnalité des participants.

Les 6 derniers sujets sont simplement là comme remplaçants éventuels des gardiens.

stanford-prison

Gardiens et prisonniers lors de l’expérience de Stanford

Les prisonniers sont appelés par des numéros et regroupés par 3 dans les cellules. Ils doivent obéir à certaines règles, comme dans une vraie prison.

Les gardiens, eux, portent des lunettes miroirs qui dissimulent leurs regards. Ils sont anonymes et ont toute autorité sur les prisonniers excepté la violence physique.

La mince frontière entre humain et tortionnaire

Seulement voilà: en l’espace de quelques heures seulement, l’ambiance se dégrade complètement.

Les gardes prennent leurs rôles trop au sérieux, abusant verbalement et psychologiquement les « prisonniers ». Parfois, ils leur infligent des brutalités physiques pour punir leurs fautes.

Les gardes vont jusqu’à obliger les prisonniers à uriner et déféquer dans un seau placé dans la cellule. Ils leur confisquent également leurs matelas (les forçant à dormir à même le béton), et en forcent même certains à dormir nus afin de les humilier encore plus.

Au cours des 6 jours qu’a duré l’expérience (elle devait initialement durer 2 semaines), les figurants jouant les gardes se sont ainsi transformés en véritables bourreaux.

Il a été estimé qu’environ 1/3 d’entre eux avaient présenté des tendances sadiques.

Les prisonniers

Et les prisonniers, me direz-vous ? La grande majorité d’entre eux a accepté son rôle d’être inférieur, et s’est passivement soumis aux mauvais traitements. Ceux qui se sont révoltés ont été isolés, affamés et ont subit toutes sortes de punitions (privation de sommeil, humiliations, tâches déshumanisantes…).

Le pire dans cette histoire est sans doute l’absence de sens moral de l’ensemble des participants (directs comme indirects). Sur la cinquantaine de personnes ayant pénétré dans la prison durant l’expérience, on comptait:

  • Les amis et membres de la famille en visites des « sujets »,
  • Des psychologues professionnels,
  • Des étudiants de second cycle en psychologie,
  • Un prêtre
  • Un « protecteur du citoyen« 

Aucun d’entre eux n’a remis en cause le fondement immoral de l’expérience ou les sévices infligés aux prisonniers. Seul un remplaçant, le « prisonnier 416 », a vraiment agi face à la tournure dramatique qu’avait pris l’expérience. Il a entamé une grève de la faim en guise de protestation, ce qui l’a amené a être isolé du reste des prisonniers et enfermé dans un placard.

Conclusion

Stanford Prison ExperimentPrisonniers comme gardiens se sont conformés à leurs rôles au delà de toutes espérances, ce qui a conduit a de dangereux traumatismes psychologiques. Deux des prisonniers ont d’ailleurs dû quitter l’expérience plus tôt parce qu’ils souffraient trop de leurs mauvais traitements.

L’expérience de Stanford a finalement pris fin à l’initiative de Christina Maslach, psychologue et petite amie de l’époque du professeur Zimbardo. Après être entrée dans la prison pour interviewer des participants, elle s’est insurgée des mauvais traitements que ces derniers subissaient.

Ce fut le déclic qui poussa le professeur Zimbardo à interrompre l’expérience.

La morale de cette expérience immorale ? Donnez une position de pouvoir à quelques-uns en les plaçant dans un contexte approprié et vous changez des gens normaux en tortionnaires sadiques. Ce phénomène a plus tard été baptisé « l’effet Lucifer ».

Je vous conseille de regarder cette vidéo. Elle explique l’expérience en images en ajoutant quelques détails que j’ai volontairement omis par souci de brièveté. Hormis les fautes d’orthographe, c’est très instructif !

Pour aller plus loin, vous pouvez aussi vous diriger vers:

  • Acide sulfurique, un roman d’Amélie Nothomb. L’histoire de ce petit roman est librement inspiré de l’expérience de Stanford.
  • Das Experiment, un film allemand reprenant la trame de l’expérience du professeur Zimbardo.
  • L’expérience (« The Experiment », en v.o), remake américain de Das Experiment avec les acteurs Adrian Brody et Forest Withaker.

Quelles réflexions vous inspirent l’expérience de Stanford ? Y auriez-vous participé si vous en aviez eu l’occasion ?

Recherches associées :

  • expérience de stanford
  • experience stanford
  • violence morale stanford
  • Expérience de Stanford :
  • experience stanford film

Articles similaires

5 Réponses

  1. Timothée V

    J’avais déjà entendu parler de cette étude. Elle est très intéressante et confirme ce que dit la Bible au sujet de la nature humaine :
     » (…)le cœur [humain] est trompeur par dessus tout et incurable(…) » Jérémie 17v9
    « (…)il n’y a point de juste, non pas même un seul(…) » Romain 3v10

    Répondre
  2. Aurore

    Ce qui est fascinant dans cette expérience – tout comme dans celle de Milgram – c’est le pouvoir de 2 facteurs : l’autorité et le cadre expérimental. Le premier dédouane les bourreaux et pousse les victimes à la résignation, le second confère un caractère quasi fictif à ce qu’ils vivent. Plongés dans leur rôle, les sujets obéissants ne renient probablement pas leurs principes, et ne les remettent peut-être même pas en question. C’est comme s’ils choisissaient de s’en distancier momentanément, pour les préserver du contexte, ou peut-être par la prédominance des instincts (domination pour les uns, survie pour les autres).

    Sûr, le parallèle avec les génocides est évident. Et voir le résultat de ce genre d’expérience nous fait penser, non sans ironie, à la foule de personnes qui affirment sans jamais en douter qu’elles auraient résisté coûte que coûte sous l’Occupation.

    L’interprétation que je fais de ces expériences est qu’il faut toujours rester vigilant quant à nos idéaux, et ne jamais admettre qu’il est « moins grave » ou « inévitable », à un instant T, de sacrifier sa liberté, de cautionner une discrimination, ou d’être passivement spectateur (voire auteur) de n’importe quelle forme d’oppression. Face à une situation difficile, on est toujours tenté de se trouver une bonne excuse – comme nous le faisons tous, inutile de se leurrer. Or, plus nous nous efforcerons de ne jamais mettre de côté nos principes, plus il sera compliqué de nous manipuler et faire de nous les complices des pires horreurs.

    Répondre
  3. ChristianS

    Ces expériences, de Milgram tout comme celle de Stanford, laissent entendre que tout individu auquel la société octroie un certain pouvoir et une autorité nouvelle sur autrui, va finir d’une manière ou d’une autre par s’en servir abusivement par l’humiliation, la brimade,…, jusqu’à infliger la torture dès lors qu’il se trouve dans une institution (hospitalière ou pénitentiaire) qui le couvre, voire l’y incite jusqu’à l’injonction dans le cas de Milgram (autorité du médecin : effet ou mythe de la « blouse blanche »). Le problème est que ces expériences sont entachées de biais tels que la façon dont ils ont été recrutés, notamment la signature d’un contrat qui les piège d’un point de vue psychologique (théorie de l’engagement) : ainsi les volontaires de Stanford ayant accepté cette condition à la fois floue et malsaine que « les droits de l’homme ne soient pas en tous points respectés », s’engagent dans une aventure où « le ver est déjà dans le fruit » et de laquelle il est très difficile de se sortir volontairement car cela nécessiterait de rompre le contrat, et l’idée même de le rompre génèrerait des dissonances cognitives insupportables… d’où ils préfèrent refouler cette idée en continuant l’expérience malgré tout ; ce piégeage et cette manipulation se manifestent encore plus nettement dans la cas de Milgram lorsque les recrutés sont amenés à infliger des décharges de + en + importantes (décider d’arrêter supposerait d’accepter l’idée insupportable que tout ce qu’ils ont fait depuis le début, de façon volontaire et librement choisie, était totalement absurde). Un autre biais commun est que tous les recrutés sont au courant qu’il s’agit d’un cadre expérimental d’une durée limitée et supervisé par les auteurs scientifiques d’une étude qui acquièrent, dans leur esprit, un statut de figures parentales ; il y a ainsi toujours dans un coin de leur tête l’idée que, même si la situation se corse et s’aggrave, ces auteurs interviendront « en bon père de famille » afin d’y remédier !
    N’en déduisez pas pour autant que je considère que « nous ne serions pas des monstres en puissance ». En fait, c’est bien pire, car le « en puissance » est de trop (et le terme « monstre » inadéquat) ! C’est d’ailleurs d’autant + dommage de toujours se focaliser sur ces 2 expériences alors que la réalité du quotidien suffit pourtant à elle seule à le démontrer !!
    Je pense en effet que la grande majorité des occidentaux (ou occidentalisés) sont des « barbares qui s’ignorent » : la barbarie dont je parle est celle du quotidien dont on évite soigneusement de parler dans les médias ; on préfère (c’est + confortable) pointer du doigt celle, patente, illustrée à coups de machette il y a 20 ans ou, aujourd’hui, par les égorgements atrocement mis en scène…
    Je m’explique : cette « barbarie du quotidien », je vais l’illustrer par le cas de l’usage de la voiture par les automobilistes (je vous « rassure » tout de suite : j’ai moi-même été automobiliste durant 8-9 ans). Aucun d’eux ne peut prétendre sérieusement n’avoir jamais eu le moindre moment de distraction en circulation. Or il suffit que, chez un tel conducteur, ce moment coïncide avec le moment d’exposition d’un usager faible, pour que l’irréparable se produise. Par conséquent, la responsabilité de la mort de tous ces usagers faibles due à la distraction d’automobilistes incombe en réalité à TOUS les automobilistes ayant commis OU NON l’accident mortel, puisque ce qui cause ces morts, c’est le fait que les automobilistes acceptent, en prenant le volant, le risque de mettre la vie d’autrui en danger (tout ça pour déplacer son c.. d’1 point à 1 autre !) : la barbarie est là.
    C’est la barbarie du « Parce que je le vaux bien » : « JE mérite » de posséder une voiture… et tant pis si, au passage, je risque de mettre la vie d’autrui en danger.
    C’est un exemple parmi d’autres, souvent liés au consumérisme et à ses conséquences.
    Le + grave est d’ignorer/occulter sa barbarie : dès que l’on arrive à se regarder dans la glace et à la percevoir, c’est gagné car on prend conscience de toute la vanité de nos comportements barbares, et finit par « se mettre en route » pour s’en débarrasser peu à peu et devenir une personne enfin civilisée.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.