« Mais qu’est-ce que j’étais bien venu faire ici ? »

Cette question, vous vous l’êtes sans doute déjà posée juste après être passé d’une pièce à une autre. C’est généralement le genre de situations où on se sent un peu bête, comme si on avait troqué notre cerveau contre celui d’un poisson rouge…

Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas le/la seul(e) à subir ces petites pertes de mémoire !

Au contraire, il s’agit d’un phénomène très courant que les scientifiques ont nommé « l’Effet Frontière » (The Boundary Effect) ou en encore « l’Effet Porte » (The Doorway Effect).

Le responsable? Notre cerveau, qui s’amuse à nous jouer des tours….

Éclaircissons un peu tout ça !

Une situation typique oú l’on subit le Boundary Effect

boundary-effect
Vous avez sans doute déjà vécue cette scène.

Vous êtes assis à votre bureau, quand l’envie de boire un petit café vous traverse l’esprit. Vous farfouillez un peu à travers le bazar du dit bureau pour mettre la main sur votre tasse à café et finissez par la trouver.

Problème: elle traîne ici depuis si longtemps qu’elle serait bonne pour une datation au carbone 14.

Motivé, vous vous levez pour aller la laver, sortez par la porte de votre bureau et vous dirigez vers la cuisine. Seulement voilà, au moment où vous y arrivez, vous avez oublié la raison pour laquelle vous vous y étiez rendu au départ.

Un peu confus, votre cerveau mouline quelques secondes jusqu’à ce que vous baissiez les yeux et aperceviez la tasse…

« Ah oui ! C’est vrai, le café… »

Une expérience scientifique pour confirmer l’existence du Doorway Effect

La science, toujours en quête d’élucider les petits mystères du quotidien, a aujourd’hui une explication à ce phénomène banal.

Une équipe de chercheurs de l’Université de Notre Dame (Indianapolis, USA) a en effet mené des expériences pour comprendre l’origine de ces mini-amnésies.

Pour cela, ils ont fait s’asseoir un groupe de participants devant un écran d’ordinateur sur lequel était affiché un jeu vidéo. Dans le jeu, les sujets pouvaient marcher (en utilisant les touches fléchées de leur clavier) jusqu’à une table où trônait un objet géométrique de couleur.

Leur tâche était de ramasser cet objet pour le poser jusqu’à une seconde table. Une fois arrivés à cette deuxième table, même consigne: ramasser un autre objet et l’emmener vers une autre table.

L’objet qu’ils ramassaient sur cette deuxième table leur était invisible une fois qu’ils l’avaient saisi, un peu comme s’il était rangé dans un sac à dos virtuel.

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Parfois, on perd plus que la mémoire en passant une porte…

Parfois, le participant devait tout simplement traverser une même pièce pour se rendre à l’objet suivant. D’autres fois, ils devait parcourir la même distance en passant par une porte pour pénétrer dans une nouvelle salle afin de se rendre à la seconde table.

De temps en temps, les chercheurs leur demandaient quel objet était actuellement dans leur sac à dos juste après qu’ils soient passé d’une pièce à une autre (et donc, traversé une porte).

Systématiquement, leurs réponses étaient à la fois plus lentes et moins précises lorsqu’ils s’étaient rendus dans une nouvelle salle que quand ils avaient marché la même distance dans la même pièce.

La même expérience a ensuite été menée en situation réelle. Pour que les objets géométriques soient invisibles aux yeux des participants, ces derniers devaient les mettre dans une boite à chaussure une fois qu’ils les avaient ramassés.

Comme lors de l’expérience virtuelle, ils oubliaient plus facilement l’objet caché dans la boite quand ils passaient une porte que quand ils marchaient dans la même pièce.

Quelle est la cause de l’Effet Porte ?

A tout moment, notre cerveau doit composer avec une foule d’informations. A tel point que pour pouvoir fonctionner correctement, il est obligé d’en bloquer certaines qu’il juge inutiles.

L’effet de seuil vient confirmer ce postulat en suggérant qu’il y a bien plus de choses à se rappeler lorsqu’on entre dans un nouvel environnement que ce qu’on imagine.

Ainsi, certaines formes de mémoires semblent être optimisées pour conserver des informations « prêtes à l’emploi » jusqu’à ce qu’elles ne soient plus considérées comme utiles. Devenues inutiles (du moins le pense-t-il), notre cerveau les purge afin de pouvoir traiter les nouvelles plus rapidement.

Les chercheurs ayant mené les expériences relatées plus haut appellent cette sorte de représentation de la mémoire un « modèle d’événement ».

Selon eux, quitter une pièce représenterait ainsi une bonne occasion pour purger nos modèles d’événements, comme si notre cerveau considérait que les informations engrangées dans la pièce précédentes ne sont plus pertinentes maintenant qu’on arrive dans un nouveau lieu.

Cette chose dans la boîte que vous veniez poser sur cette table? Déjà du passé !

D’autres changements pourraient provoquer ces petites purges de mémoire, souvent liées à une interruption de ce qu’on était en train de faire.

Exemple: une personne qui frappe à la porte, ou un ordinateur que vous vous empressez de brancher au secteur parce que la batterie est déchargée.

Aussi puissante que soit notre cervelle, elle est incapable de garder toutes les informations prêtes à être utilisées !

Et vous, ça vous arrive souvent d’oublier ce que vous étiez venu faire en débarquant dans une pièce ? Pour ma part, ça arrive plus souvent que je n’aimerais l’admettre 😉

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2 Réponses

  1. Emma

    Il m’arrive que ça m’arrive et pas que pour mon père 🙂 et dire oué c’est vieillesse, bref je ne vais lié l’acte au changement de pièce ! J’ai une autre vision et je me dis qu’au moment d’oubli c’est tous simplement parce qu’on a la tête ailleurs

    Répondre
  2. Stephane Brodu

    Même si l’explication est séduisante, il ne faut pas la brandir comme la seule cause de ces oubli. Personnellement j’ajouterai que l’occurrence de « l’effet porte » est directement lié à mon niveau de fatigue ou de stress eux mêmes dépendants de paramètres multiples qui ont un impact sur ces états. Et surtout, il est encore plus relié à un troisième état qui est ma qualité de présence (conscience) à l’instant présent.
    Et on peut avoir subi un stress fort et être très présent (conscient).
    Enfin, Si Freud était encore des nôtres, il revendiquerait peu-être « l’oubli volontaire » !
    😉

    SB

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