La misère est une réalité omniprésente dans les grandes villes. Travaillant personnellement à Paris depuis plusieurs années, assister à la situation désespérée d’autant de personnes m’affecte toujours énormément.

A l’heure ou cet article est publié, ils sont plus de 140 000 en France à se trouver dans une situation de grande précarité. Par ailleurs et selon la DRESS (Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques), au moins 60% des personnes sans domicile fixe ne profitent pas d’aide de l’État.

Face à cela, beaucoup choisissent de détourner le regard. Le sort des personnes sans-abri, c’est triste à dire, finit par blaser ceux qui les croisent au quotidien. Faute de réels efforts du pouvoir en place pour leur venir en aide efficacement, c’est aux citoyens solidaires de se retrousser les manches pour les aider à retrouver une dignité.

C’est ce qui s’est passé pour une jeune femme de 22 ans, Victoria Mandefield.

Originaire d’un petit village des Vosges, elle débarque à Paris en 2014. D’emblée, elle est choquée par le nombre de personnes SDF occupant les rues de la capitale. Au fur et à mesure de ses contacts avec eux, elle comprend que l’un de leur principaux problèmes est l’accès aux informations permettant de les aider aux quotidien.

Où trouver un endroit où se laver ? Où dormir ? Se soigner ? Manger ? Se faire aider pour s’en sortir ?

De là va germer une merveilleuse idée dans son esprit. Mais qui mieux qu’elle pour en parler ?

Infomeless
5 questions à Victoria Mandefield, fondatrice d’Infomeless

1/ Bonjour Victoria ! Peux-tu te présenter brièvement et nous raconter ton arrivée à Paris ?

Je suis arrivée à Paris il y a quelques années pour entrer en école d’ingénieur à l’ECE Paris. Ce qui m’a immédiatement choqué, venant d’une petite ville où la solidarité est très importante, c’est l’indifférence générale envers les sans-abri.

Que ce soit dans la rue ou dans le métro, les parisiens se sont habitués à poursuivre leur chemin devant la misère. Au lieu de les blâmer, peut-être peut-on proposer des solutions afin que cela change !

Je me suis donc engagée dans l’associatif, à travers d’abord l’association humanitaire de mon école puis d’autres. Je participe à des maraudes, c’est-à-dire des distributions de nourriture et des discussions dans les rues de Paris. Cela fait souvent un peu peur de prime abord, mais c’est vraiment très convivial ! On passe des après-midis à discuter avec des personnes qui sont réellement heureuses de parler avec nous, de chanter avec nous, danser même parfois…

2/ Comment t’est venue l’idée de cette carte interactive ? Avant celle-ci, avais-tu d’autres projets pour venir en aide aux personnes sans abri ?

L’idée est venue par la pratique, comme souvent. J’ai remarqué au cours de mes maraudes qu’il y avait un grave problème d’information : les structures existaient, mais elles étaient mal connues. C’était très frustrant, et moi-même je savais mal orienter les personnes à la rue malgré tout mon arsenal technologique.

Le déclic s’est réellement produit un matin en prenant le bus. Sous un des nouveaux abribus connectés flambant neuf de la ville dormait un sans-abri. Le contraste entre les deux m’a fait l’effet d’un électrochoc : pourquoi cette technologie n’était-elle pas là pour aider l’homme qui dormait juste en dessous ?

Après cela, tout est allé très vite. J’ai ébauché les premières interfaces dans la même journée, et avec des amis engagés nous avons proposé le projet aux Trophées Solidaires (ndlr : l’initiative Infomeless fait même partie des lauréats de La Riposte, un appel à projets récompensant des projets étudiants à fort impact social, sociétal ou environnemental). Les acteurs du social ont tout de suite vu l’intérêt de centraliser et de donner l’accès à l’information, ce qui nous a poussé à continuer notre projet toujours plus loin.

3/ Peux-tu nous parler de l’association que tu as créée, Infomeless ?  Et aussi nous dire comment les gens peuvent vous venir en aide ?

L’association Infomeless a été créée l’été 2016 et va souffler ses bougies dans un mois. Elle est composée d’une belle équipe dynamique engagée pour la cause. Pour nous venir en aide, plusieurs solutions :

  • Nous rejoindre pour nous aider à porter le projet ensemble
  • Contribuer à la base de données en nous envoyant de nouveaux lieux utiles pour les personnes en situation de précarité
  • Nous soutenir financièrement
  • Faire parler de nous !

4/ Comment avancent vos différents projets, en particulier les applications mobiles et les bornes interactives à disposition des personnes SDF ? Avez-vous des signes encourageants de la ville de Paris pour leur éventuelle mise en place ?

Nos différents projets avancent bien, et notamment la deuxième version de notre site internet, beaucoup plus ergonomique, qui sera disponible cet été. En parallèle, nous travaillons sur l’application mobile pour laquelle nous faisons beaucoup d’allers et retours avec la rue afin d’obtenir l’interface la plus compréhensible possible.

Pour les bornes, il s’agit principalement d’une affaire financière : comme tout matériel, elles coûtent cher ! La ville de Paris reste malheureusement muette, et malgré nos relances, personne n’est capable de nous diriger efficacement vers le service adapté.

5/ Y a-t-il un message que tu souhaiterais faire passer à ceux qui, comme toi, aimeraient faire bouger les choses mais ne savent pas forcément comment s’y prendre ?

Pour tous ceux qui veulent changer le monde : foncez ! On ne sait jamais comment bien s’y prendre, et on fait toujours des erreurs surtout au début. Mais au final, si on peut aider même une personne, ça en vaut tous les efforts !

On ne peut que féliciter Victoria et tous les acteurs ayant permis la mise en place du projet Infomeless.

Cette démarche nous rappelle que l’action reste toujours la meilleure des réactions face à une situation qui nous est intolérable. Un beau geste solidaire qui, en plus d’aider les personnes dans le besoin, représente un beau pied de nez à l’individualisme qui plombe notre société.

Pour aider Infomeless, n’hésitez pas à suivre l’avancement de leurs différents projets sur le compte Twitter de l’association.

Vous pouvez aussi faire un don, ou interpeller directement Anne Hidalgo pour faire avancer les demandes d’aides. C’est ensemble que nous ferons bouger les lignes !

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