Les grands créatifs sont aussi, souvent, des personnalités torturées. Un peu comme si la créativité se nourrissait de cette part de folie que nous possédons tous en nous.

L’écrivain russe Fédor Dostoïveski (aussi orthographié Fiodor Dostoïevski) ne faisait pas exception à la règle.

Mondialement connu pour « Crime et Châtiment », son roman le plus célèbre, l’homme a longtemps oscillé entre génie créatif et addiction au jeu.

Une passion dévorante qui lui causa bien des ennuis au cours de sa vie et l’obligea à fuir sa Russie natale par crainte des représailles de ses créanciers.

Paradoxalement, cette addiction au jeu de hasard fut également inspiratrice de créativité à certains moments de sa vie.

Dostoïevski, une vie tourmentée

Fédor Dostoïevski est né à Moscou le 11 novembre 1821. Il est le deuxième enfant d’une fratrie de sept frères et sœurs.

Il s’initie à la littérature vers l’âge de trois ou quatre ans. La Bible d’abord, mais aussi les contes de fées, les légendes et des livres en anglais, français, allemand et russes constituent les premières lectures du futur écrivain.

Bien que Dostoïevski ait suivi une formation pour devenir ingénieur militaire, son aversion pour l’école et son amour de la littérature l’ont vite amené à traduire des livres pour gagner sa vie. Au milieu des années 1840, il achève son premier roman intitulé « Les Pauvres Gens » et rejoint les cercles littéraires de Saint-Pétersbourg.

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Fédor Dostoïeveski, l’accro aux jeux

C’est à cette époque que Dostoïevski prend goût aux arts (en particulier l’opéra, le ballet, le théâtre et les concerts) à l’occasion d’une visite à son frère aîné, Mikhail. C’est aussi à cette période que deux amis de son frère l’introduisent à l’univers du casino et des jeux de hasard, une activité qui se muera bientôt en passion autodestructrice.

Dans les années 1850, les opinions et écrits politiques de Dostoïevski lui valent quatre ans d’emprisonnement au bagne et quatre autres années de service forcé dans l’armée Sibérienne.

C’est à ce moment qu’il épouse une veuve malade, Maria Dmitrievna Konstant Issaeva. En 1864, au moment où son génie littéraire éclot avec la publication de ses « Carnets du sous-sol », la vie de l’écrivain est en ruine.

Les créanciers sont à ses trousses, sa femme meure et il est également empêtré dans une histoire d’amour avec une jeune étudiante, Polina Suslova.

En 1865, Dostoïevski se retrouve définitivement au pied du mur. Sa maitresse le quitte, lassée de son addiction au jeu. Heureusement pour lui, la publication de « Crime et châtiment » début 1866 rencontre un grand succès et l’établit comme un auteur majeur. Elle a aussi l’avantage de le renflouer financièrement.

Pour autant, cette abondance ne durera pas bien longtemps: dès le mois de septembre, il a de nouveau perdu tout son argent aux jeux.

L’addiction comme source d’inspiration

Une nouvelle fois ruiné, Dostoïevski est coincé et il le sait. Pour s’en sortir et ne pas périr entre les mains de ses créanciers, il doit produire un nouveau succès.

Ce sera « Le Joueur », qu’il composera en seulement 26 jours avec l’aide d’une sténographe nommée Anna Grigorievna Snitkine. Ce roman reflète la dépendance de l’auteur à la roulette, le principal jeu à l’origine de ses tourments.

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L’auteur épouse sa sténographe en février 1867. L’influence d’Anna semble brièvement stabiliser sa vie. Hélas, ses vieux démons ressurgissent rapidement et il se retrouve bientôt endetté.

Le couple est alors contraint de fuir la Russie. Il s’exile d’abord en Allemagne puis en Suisse pour échapper à ses créanciers.

A cette période, la dépendance au jeu de l’auteur de Crime et Châtiment est telle qu’Anna est contrainte de mettre en gage ses cadeaux de mariage: boucles d’oreilles, vêtements et même leurs alliances pour subventionner l’addiction de l’écrivain.

L’auteur américain Ernest Hemingway écrira plus tard qu’il a appris ce qu’était « la folie du jeu » en étudiant la vie de Fédor Dostoïevski.

La naissance de ses deux premiers enfants aura un effet salvateur sur l’écrivain-joueur. Selon Anna, devenir père est parvenu à guérir Dostoïevski de sa dépendance.

En avril 1871, il se rend une dernière fois dans une salle de jeu à Wiesbaden et ne rejouera plus jamais ensuite. Cependant, beaucoup ont spéculé que la fermeture des casinos en Allemagne vers 1872 ~ 1873 a été la véritable raison de la rédemption de l’auteur face aux jeux d’argent.

Dostoïevski aura deux autres enfants avec Anna par la suite. Il composera également certaines des œuvres les plus importantes de sa carrière: « L’idiot » (1869), « Les Possédés » (1872) et « Les Frères Karamazov » (1880).

Connaissiez-vous la part d’ombre de ce célèbre écrivain ? Que vous inspire sa vie et le fait que l’addiction ait parfois alimenté sa créativité ?

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Une réponse

  1. Taha

    Histoire intéressante !
    C’est fou de se dire que quelque chose d’aussi nocif qu’une addiction puisse être la source d’un tel succès en tant qu’écrivain.
    C’est dans ces moments-là que l’on se dit que rien n’est prévisible et que même un mal peut mener à un bien !
    Ce n’est pas pour autant qu’il faille développer des addictions hein ! 😉

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