Trump président. Destruction programmée de la planète. Surpopulation et surconsommation. Guerres. Terrorisme. Recul grandissant des droits sociaux et, plus généralement, du pouvoir du peuple au profit de celui des « élites »… Si l’on est réaliste, le monde actuel glisse plus sûrement (malheureusement) vers un univers dystopique que son pendant positif.

Faut-il y voir un reflet de l’inquiétude grandissante – et généralisée – quant à notre futur commun sur cette planète ? Toujours est-il que les fictions dystopiques n’ont jamais été aussi populaires que ces temps-ci.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, commençons par expliquer ce qu’est une dystopie.

Le mot trouve ses racines dans le grec : dys (qu’on pourrait traduire vulgairement par « mauvais ») et topia, qui désigne un endroit. Étymologiquement parlant, une dystopie est donc un endroit où il ne fait pas vraiment bon vivre.

Son opposé est l’utopie, qu’on utilise plus fréquemment dans le langage courant. Une dystopie est donc une contre-utopie, ou une utopie en négatif si vous préférez.

Dystopie, un cauchemar sociétal

Si une utopie est une société / un monde où tout le monde est heureux et libre, une dystopie en est une où personne ne l’est (à l’exception d’un leader et de ses sbires).

Dans une histoire dystopique, la société elle-même est l’ennemi du héros et de la plupart de ses semblables. La façon dont elle a été pervertie fait qu’elle travaille activement contre les buts et les désirs de ceux qui la constituent (ou plutôt, de ceux qui y sont soumis).

Généralement, cette oppression est mise en place par un gouvernement totalitaire ou autoritaire. Le diktat instauré par ce gouvernement corrompu entraîne la perte de libertés civiles et humaines fondamentales. Elle impose généralement des conditions de vie intenables.

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« La Guerre c’est la Paix, La liberté c’est l’Esclavage, l’Ignorance c’est la Force » – le slogan martelé par Big Brother dans 1984 de Georges Orwell.

Les circonstances à l’origine de ce type de sociétés déviantes peuvent être diverses.

Par exemple, la surpopulation mondiale a pu voir naître des lois contre la liberté sexuelle ou reproductive. L’insécurité globale a pu imposer un état de surveillance constante (1984) ou encore la génétique a pris le pas sur la reproduction naturelle de l’espèce (eugénisme) pour gommer les « défauts » des individus (Bienvenue à Gattaca, Le Meilleur des Mondes).

Parfois, ce sont les actions anti-écologiques de l’Homme sur la Nature qui conduisent à la mise en place de ce type de sociétés liberticides. D’autres fois encore, ce sont la montée en puissance de la technologie, de grandes corporations économiques, de leaders spirituels ou de puissances politiques qui mènent les hommes à leur perte.

Les origines de ces dystopies peuvent être diverses mais elles ont toutes un point commun : elles dressent un sombre portrait du futur et de la nature humaine.

D’effrayants futurs hypothétiques conçus pour alerter

Souvent dans les fictions dystopiques, les sociétés sont d’abord représentées comme des utopies quand, en réalité, elles en sont l’inverse. Tels les anges et les démons, elles sont en fait les deux faces d’une même pièce.

Bien qu’apparemment paradoxale, cette situation peut se produire parce que, dans une dystopie, la société abandonne souvent des privilèges dus (appelons ceci « situation A ») en échange de sécurité ou d’une prétendue nécessité (« B »). Le problème, c’est que le bénéfice apporté par B aveugle la société sur la perte de A.

Ce n’est vraiment qu’après une longue période de temps (et souvent de nombreuses déviances dans le système instauré par ceux qui le contrôlent) que la perte de A est vraiment ressentie. Les citoyens se rendent alors compte que le monde qu’ils ont jugé acceptable (ou même idéal) au départ n’est pas celui qu’ils avaient espéré.

C’est notamment ce qui est si convaincant – et insidieux – dans ce genre de fiction : l’idée que vous pourriez vivre dans une dystopie sans même en avoir conscience.

Les dystopies sont souvent considérées comme des récits de mise en garde. Le fond du sujet est de pointer les dérives de systèmes poussés au paroxysme de leur « logique » (ou plutôt devrait-on dire « illogisme »)… et aussi de rappeler ce que c’est que d’être humain.

Lorsque vous concédez votre liberté fondamentale d’individu à un petit groupe (ou un leader suprême, comme évoqué plus haut), vous n’avez plus de prise sur cette dite liberté et devez vous préparer à en subir les conséquences.

Quelques exemples de dystopies célèbres

Les livres

1984

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Classique parmi les classiques, 1984 est un roman de Georges Orwell (également auteur de l’excellent « La ferme des animaux« ) paru en 1949. Pour la petite anecdote, le titre serait en fait un clin d’œil à la date d’écriture de l’histoire (1948 ==> 1984).

Dans ce récit, l’auteur dépeint un effrayant système totalitaire dominé par un leader se faisant appeler Big Brother. Personne n’a jamais vu ce dernier, et pourtant celui-ci a vue sur les faits et gestes de chacun dans « sa » société. L’histoire de 1984 est l’une des premières à poser cette question essentielle en employant la dystopie pour faire passer son message : sans mémoire, sans amour, sans justice, la vie vaut-elle la peine d’être vécue ?

Le meilleur des mondes

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Autre grand classique, on doit Le Meilleur des Mondes à l’écrivain anglais Aldous Huxley. Ce roman paru en 1932 (soit 17 ans avant 1984) décrit un monde dominé par la génétique. Les individus sont conçus en éprouvette et classés selon 5 catégories, de la plus intelligente (Alpha) à la plus stupide (Epsilon).

Chaque catégorie est dévolue à un type de tâche dans cette société. Tous, cependant, sont conditionnés dès la naissance pour aimer leur servitude (qu’ils ne conçoivent d’ailleurs même pas comme telle), bien aidé en cela par une drogue du bonheur qu’on leur administre, le « soma ». Jusqu’à ce qu’un jour, par accident, tout dérape et ouvre les yeux des protagonistes principaux…

Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

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Plus connu sous le titre Blade Runner, « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » est un roman du maître de la littérature de science fiction Philip K.Dick. L’intrigue étant assez complexe, il est difficile de la résumer brièvement.

En bref, il est question d’un monde post-apocalyptique où la Terre est dévastée après une guerre nucléaire et les retombées radioactives qui en ont découlé. Dans ce futur, un homme traque des androïdes échappés de Mars (où la plupart des humains ont émigré) pour échapper à leur condition d’esclaves.

Retrouvez un synopsis plus précis de ce classique de la SF en cliquant sur le lien du livre ci-dessus 😉

Les Monades urbaines

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Encore un récit effrayant que l’on doit au romancier Richard Silverberg.

En 2381, la population terrestre est de 75 milliards d’individus. Vivre dans des villes horizontales est devenu complètement impossible. Au lieu de cela, l’humanité est parquée dans de massives structures verticales, les Monades Urbaines, contenant près de 800 000 personnes. Pour nourrir tout ce peuple, la plupart des terres habitables de la Terre ont été réduites à l’agriculture.

De plus, la plupart des maux de la société ont été éliminés (famine, guerre, criminalité…). L’humanité est gouvernée par la croyance que la reproduction humaine est le bien le plus élevé possible. Dans cette société où la vie privée n’existe plus, les mœurs sociales ont radicalement changé. Bien que les gens continuent à se marier, tout le monde se livre à la pratique du nightwalking qui consiste à aller trouver des partenaires sexuels la nuit. Socialement parlant, il est mal vu de refuser les avances de n’importe qui (homme, femme, vieux, jeune, etc.). Les gens se marient à l’adolescence de façon à faciliter la production des enfants.

Ceux qui refusent de se conformer aux normes sociales édictées sont jetés dans une fosse avec les déchets humains et « recyclés » pour le bien de la communauté…

Un sombre conte mettant en garde contre (entre autres choses) le danger de substituer la qualité à la quantité.

D’autres livres : Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, Le Passeur (adapté en film sous le titre The Giver) de Lois Lowry, Le Talon de Fer de Jack London, La Servante Écarlate de Margaret Atwood, Les Fils de L’Homme de P.D James (également adapté en film sous le même titre)…

Les films

Blade Runner (1982)

Célèbre film de Ridley Scott avec Harrison Ford dans le rôle titre et adapté du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? évoqué plus haut.

Bienvenue à Gattaca (1997)

L’intrigue de ce long-métrage est bâtie autour du principe de l’eugénisme (améliorer les capacités humaines par modifications génétiques). Dans le futur, Vincent, le héro de l’histoire, se bat contre le destin que lui a tracé sa naissance naturelle (i.e : sans intervention sur ses gènes, ce qui lui occasionne notamment une mauvaise vue et des problèmes cardiaques). Il usera de divers stratagèmes pour dépasser sa condition et conquérir son rêve ultime : l’exploration d’une lune de Saturne.

Un excellent film empreint de poésie et qui ne manque pas de faire réfléchir sur les dérives des manipulations génétiques.

Equilibrium (2002)

Dans le futur, un régime est parvenu à éliminer les guerres en supprimant les émotions. Les livres, les arts et la musique sont strictement interdits et le fait de ressentir des émotions est un crime puni de mort.

John Preston est un « clerc », un agent chargé de détruire froidement ceux qui contreviennent à ces règles. Mais lorsqu’un jour il manque de prendre sa dose de Prozium, une drogue inhibant les sentiments, l’implacable agent du régime ouvre les yeux sur une toute autre réalité.

Un bon film d’action futuriste qui ne néglige pas la réflexion. Si on nous enlève nos sentiments, nos émotions, pouvons nous encore nous faire appeler humains ?

D’autres films : Soleil Vert, The Matrix, V pour Vendetta, The Island (très inspiré du « Meilleur des Mondes » d’Huxley), Time Out, Le Labyrinthe, Divergente, Hunger Games

Les séries

Black Mirror

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Black Mirror, ce miroir noir ou se reflètent nos âmes…

Cette série anglaise de 3 saisons et 12 épisodes, récemment récupérée par Netflix, est un petit bijou en son genre. Chaque épisode est indépendant des autres et développe son propre univers dystopique.

Ceux-ci traitent de notre rapport à la technologie, ces « miroirs noirs » qui ne nous quittent plus, savent tout de notre vie et peuvent se retourner contre nous si l’on n’y prend pas garde. Des dérives de la télé-réalité à celles des réseaux sociaux en passant par la fin du concept de vie privée ou encore les drones, la réalité virtuelle et j’en passe…

Black Mirror jette un regard glaçant sur l’impact de ces artefacts artificiels qui, en envahissant nos existences, nous écartent progressivement de notre humanité. Sombre mais révélatrice, je vous la conseille chaudement !

+ d’infos sur Black Mirror ici

D’autres séries : Westworld, 3%.

Conclusion

Pourquoi les dystopies fascinent-elles autant ? Est-ce pour la jouissance de découvrir un avenir possible se dérouler au fil des pages? La possibilité d’explorer les conséquences de nos dérives sans en être réellement affecté ? Ou peut-être que c’est simplement à cause de la fascination qu’exercent sur nous les modèles de sociétés qui diffèrent de la nôtre, en dépit de leurs fondements communs ?

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Une illustration de la marque de vêtements Obey reprenant l’iconographie de la dystopie

Finalement, peut-être que ces récits sont un moyen pour nous de comprendre où nous allons. Une façon, en quelque sorte, de comparer les avantages et les inconvénients de nos décisions et de nous rappeler l’énorme impact que nous avons sur notre monde et notre avenir.

Peut-être est-ce le désir de comprendre notre présent et de le changer, qui nous laisse envisager un tel avenir. Ou peut-être encore est-ce simplement notre amour pour l’autre monde des réalités fictives qui nous attire vers les utopies et les dystopies.

Quoiqu’il en soit, ce sont les plus impressionnantes et terrifiantes visions que nous créons. En tant que telles, elles nous attireront toujours et nous laisseront avec une compréhension plus profonde de nous-mêmes et du monde dans lequel nous vivons.

Et vous, êtes vous attiré par ce genre d’histoires ? Pour quelles raisons ? Quelles sont vos œuvres préférées ? On veut tout savoir en commentaires, ici ou sur la page Facebook d’Out the Box !

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