Lorsqu’on pense aux pirates, deux images nous viennent naturellement à l’esprit.

La première est celle d’un homme imposant à la barbe touffue, arborant une poitrine velue couverte de cicatrices et traversée par une énorme ceinture soutenant un sabre. Son œil est recouvert d’un bandeau, l’une de ses jambes est en bois et un crochet remplace une de ses mains.

Le second cliché du pirate est celui d’un élégant monsieur. Celui-ci porte un grand chapeau à plumes et une veste distinguée d’où la dentelle de sa chemise blanche sort de ses manches.

En réalité, le mot pirate est un terme un peu fourre-tout. Il peut aussi bien désigner les déserteurs, les aventuriers ou encore les marins ayant eu des problèmes avec la justice.

Mais parmi tous ces brigands qui ont sillonné les mers par le passé, lequel fut le plus redouté? Certains pensent qu’il s’agit de Barbe Noire (alias Edward Teach) ou d’Henry Morgan, quand d’autres penchent davantage pour le français François l’Olonnais ou encore Rackham Le Rouge.

Pourtant, la plus grande flotte pirate de tous les temps fut sous le commandement d’une femme. Elle était chinoise et s’appelait Ching Shi.

Ching Shih, de prostituée à pirate respectée

Ching-Shih

Un portrait présumé de Ching Shih dans sa jeunesse

On sait peu de choses sur la vie de Dame Ching avant qu’elle n’entre dans la piraterie. Même son nom, « Ching Shih », n’est pas le sien puisqu’il signifie « veuve de Ching ». Ching (ou Cheng) était son mari et le commandant de la flotte des Red Flags (« les drapeaux rouges ») avant elle.

Elle serait née en 1775 dans le port de la ville de Canton (aussi appelée Guangzhou). Dans ses jeunes années elle est réduite à la prostitution et c’est très probablement de cette façon qu’elle rencontre son futur mari.

Cheng la capture et lui demande de l’épouser en 1801. La légende raconte qu’elle n’accepta qu’à condition d’être autorisée à commander une de ses flottes.

Le pirate accepte et le couple s’unit. Peu de temps après, Cheng meurt dans un typhon et c’est Ching Shih qui reprend le contrôle de l’entreprise familiale.

Alors que son mari était impétueux et violent, elle est calme et calculatrice.

Dès les premiers temps de son règne, elle prend pour époux un homme charismatique nommé Chang Pao et l’installe à la tête de sa flotte. Une décision très astucieuse pour plusieurs raisons.

D’une part, Chang Pao avait été le second de Cheng. On dit même qu’il aurait été son fils adoptif, et était largement respecté parmi toutes les flottes de pirates. En outre, il n’avait reçu que peu d’éducation et était donc plus facile à manipuler.

C’est ainsi que de nombreuses flottes de pirates indisciplinées se réunissent sous la bannière des Red Flags qui devient rapidement la plus grande armada de son époque. Avec 1800 navires à son actif, environ 60 000 hommes et un territoire qui s’étend de la Malaysie à la Corée, elle règne en maître sur le monde de la piraterie asiatique.

Le code de la piraterie selon Ching Shih

Si officiellement c’est Chang Pao qui dirige la flotte, c’est Ching Shih qui tire les ficelles. Tout navire voyageant dans la zone sous le contrôle de la pirate, peu importe sa taille, doit respecter ses règles.

ching-shih-pirates-caraibes

Ching Shih telle que représentée dans le film « Pirates Des Caraïbes: jusqu’au bout du monde », en plein conseil des pirates.

Les règles sont précises, et malheur à qui s’en détourne:

– Ching Shih approuve ou non toutes les attaques à l’avance. Désobéir, c’est se risquer à être décapité.
– Tous les butins sont remis aux commandants qui les redistribuent ensuite. Désobéir une fois revient à être battu sévèrement. La deuxième fois, c’est la mort assurée.
– Il est interdit de déserter son poste ou de prendre un congé à terre sans autorisation. Quiconque enfreint cette règle à les oreilles coupées (puisqu’il ne les utilise pas pour écouter les règles qu’on lui impose), et doit les porter autour de son cou. La seconde fois, la punition est définitive…
– Violer une femme captive est puni par la décapitation. Même consentie, une relation sexuelle avec une prisonnière sans autorisation équivaut à la même peine pour le pirate. La femme, elle, sera invitée à nager avec du plomb aux chevilles…
– Si un pirate veut avoir des relations sexuelles avec une détenue, il doit la prendre pour femme. Il doit lui être fidèle et bien la traiter. Le cas contraire, il n’aura plus de tête pour poser son chapeau à plumes.
– Enfin, le mot « butin » est prohibé. A la place, il convient de dire « transférer l’expédition des marchandises ». C’est tout de même plus classe !

L’épopée de la pirate Ching Shih

Sous la direction de Ching Shih, les drapeaux rouges sont imparables. Même le gouvernement chinois (aidé des Portugais) ne parvient pas à défaire sa flotte.

Ils ont beau envoyer des « bateaux-suicide » chargés de paille et d’explosifs droit sur les pirates, rien n’y fait. Les drapeaux rouges éteignent les flammes, réparent les navires et les intègrent à leur flotte. Les pertes côtés pirates sont estimées à 40 personnes et aucun bateau n’est sacrifié.

bateau-pirateFinalement, la persistance des attaques du gouvernement devient trop gênante pour Ching Shih, qui accepte de rendre les armes. Mais là encore, elle fait cela à sa manière.

Au lieu de simplement négocier une amnistie en livrant ses hommes, elle passe des mois à négocier avec le gouvernement. Elle finit ainsi par prendre sa retraite (un fait rare chez les pirates), et obtient plusieurs faveurs du gouvernement.

Ce dernier permet d’abord à Ching Shih de conserver son colossal trésor, annule toutes les charges contre elle et une partie de ses hommes et fait de Chang Pao un lieutenant dans la marine chinoise.

L’un des premiers actes de Chang sera d’ailleurs d’utiliser les forces du gouvernement pour détruire leurs anciens rivaux !

Quant à Ching Shih, elle a passé ses dernières années à gérer une maison close. Elle est morte à 69 ans, riche et respectée.

Une vie certes peu exemplaire, mais qui n’aura pas manqué de panache !

Recherches associées :

  • bateau pirate
  • ching shih
  • ching shih pirate
  • femme chinoise pirate
  • portraits de femmes pirates

2 Réponses

  1. eve

    Bonjour, je crois que c’est juste une légende et je doute fort que l’histoire est véridique
    Mais bon ça fait un bob scénario de film ou de dessins animé manga

    Répondre
    • Jérémy Ouassana

      Bonjour Eve,

      Vous avez tout à fait le droit de penser que l’histoire de Ching Shih (ou Cheng I Sao) est une légende. Pour ma part je pense qu’elle a vraiment existé. D’ailleurs, Wikipedia ne la décrit pas comme un personnage de fiction mais bien comme une véritable personne, avec une date de naissance et de mort.

      A bientôt sur OTB !

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.